Dimanche 24 janvier 2010 7 24 /01 /Jan /2010 14:20

 

 

Gare de Lviv

 

 

Gare de Lviv, ouest de l´Ukraine.


 Samedi 16 octobre 2004.

 

Aujourd’hui, c’est la veille du jour de match de foot-ball de coupe d’Europe, et qui opposera l’Ukraine à la Géorgie. La Géorgie, c’est le pays voisin,  russophone comme l’Ukraine, et comme elle, ayant fait il n’y a pas très longtemps, partie intégrante de l’Union Soviétique. Comme elle, elle vient de faire la révolution des œillets, en se débarassant d’Edouard Chévarnadzé, pas despote, mais peu démocrate.

Dire si alors, il y a un terrible enjeu, et qui des deux anciennes républiques soviétiques, de la Géorgie ou de l’Ukraine, défera l’autre, du moins  par équipes de foot-ball interposées. La Géorgie joue très bien et l’Ukraine est très inquiète de la rencontrer.

L’équipe de Géorgie est logée au centre ville, à l’hôtel, un luxueux quatre étoiles s’il vous plait.

C’est là que je viens prendre mes apéritifs le soir, et là que je déjeune, quand j’ai un invité de marque.

D’habitude, très peu de gens circulent dans le hall. Le bar de l’hôtel et le restaurant sont le plus souvent dépeuplés. Les clients qui fréquentent le lieu sont des gens aisées, bien sapées, des bourges, quoi. Je n’y ai jamais vu de putes. D’ailleurs, une fois que je traînais l’oreille, parce le quidam derrière moi parlait anglais, et demandais où il pouvait trouver des péripatéticiennes, la barmaid l’a envoyé ailleurs, au Split Casino, qui se trouve à un pâté de maisons de là, soit à l’angle de la prospekt Doroszenki. Pourquoi l’a-t-elle envoyé là-bas, c’est  parce qu’ils n’avaient cette denrée à l’hôtel.

Notons au passage que comme par ironie du sort, le sida s’appelle « spid » en ukrainien, comme en russe. Donc pas loin de split, le nom de l’établissement qui fait surtout dans le nu et le streap-tease. 

Ce soir, à l’heure de l’apéritif,  l’hôtel qui, d’habitude est vide et calme vit une exubérance incroyable. C’est plein de jeunes hommes mal rasés, certains dans des survêtements, genre Adidas, et en basquettes. Et ces jeunes ne tiennent pas en place, ils n’arrêtent pas d’aller et venir. Ils ne font que tourner en rond, alors que leurs dirigeants, plus âgés, sont vautrés sur les canapés moelleux du hall.

Et dans cette agitation de ruche avant un orage, tout d’un coup, débarque dans le hall, un paquet de jeunes minettes en mini-mini-jupettes, surement péripatéticiennes de leur état, venues très certainement occuper les joueurs Gèorgiens.

En effet, elles ne se sont pas encore installées à une table, que voilà les jeunes hommes qui leur tombent dessus, comme des ours sur une ruche à miel.

Ils étaient désoeuvrés les pauvres, dans cet hôtel désert.

Sortant certainement d’une période d’intenses entrainements, rien qu’à courir derrière un ballon, là, ils tiennent absolument à changer de ballons, contre de plus petits évidemment sachant qu’ils gagnent assurément au change.

Fatigués de courir après le ballon, ils courent plutôt le jupon en ce moment.

Vite fait sur le gaz, des équipes se forment, des formations se défont, des filles changent de places pour se mettre à côté du jules de leur choix, des garçons prennent leur place et voilà que çà bouge tellement que le garçon n’arrive plus à prendre les  commandes.

La formation finale des couples n’a pas pris des heures. Juste le temps des introductions et des transactions, la commande d’une boisson et sa liquidation. Dix minutes plus tard, c’est la bousculade devant l’ascenseur. Trop de couples attendent de monter en même temps. Dans l’intervalle les jeunes, filles et garçons échangent des regards langoureux et des caresses polissonnes.

Bientôt, il ne reste plus dans le hall que des vieux, entraîneurs, dirigeants, supporters, que sais-je. Mais les membres de l’équipe, eux, sont partis dans leurs chambres, pour vérifier certainement le bon fonctionnement de leur membre.

Moi qui suis client assez assidu de l’endroit, je n’ai jamais vu de putes dans cet hôtel. Alors, comment ont-elles appris qu’il y avait tout d’un coup plein de jeunes, aux bourses pleines, et là, on parle même des deux types de bourses, celles qui font partie de leur anatomie, comme celles qu’ils ont dans leurs poches, et où il est permis d’entreposer son argent.

Dans un moment, disons une petite heure, les premières comme les deuxièmes seront soulagées, car dans ce type de transaction, les deux phénomènes vont de pair et les deux bourses se retrouvent plus allégées.

A moins que les putes aient été payées par l’équipe d’Ukraine, pour affaiblir l’adversaire. Allez savoir. On le saura à l’annonce du résultat du match, demain vers vingt deux heures. 

 

Dimanche 17 octobre.

 

Toute l’Ukraine ou presque, attendait de pied ferme le match de foot-ball opposant l’Ukraine à sa voisine et ex-consoeur, dans le chapelet des ex-républiques soviétiques, la Géorgie. C’estt le grand jour, et dès le matin, les gens s’organisaient pour aller voir ce match tant attendu, comptant pour les qualifications de la coupe d’Europe. Ce jour là, le thermomètre cognait allégrement contre les moins six degrés Celsius, avec en plus un vent glacial. On aurait préféré que ce soit des degrés de Réaumur, mais enfin, c’est çà l’automne, il aurait pu même neigé pour embêter un peu plus cette rencontre capitale de foot-ball.

Mais froid ou pas froid, les gradins des pelouses étaient pleins à craquer, cinquante mille bonhommes voulaient voir le match de tout ce qu’il y a de plus près, d’où leur insistance à acheter les billets une quinzaine de jours avant le match. Depuis des jours, il n’y avait plus un seul billet à vendre, sauf au marché noir, peut-être.

Etant modérément amateur de foot-ball, je préfère regarder les matches de loin, profondément enfoncé dans un fauteuil, avec un verre à portée de main, et non le jet d’une bouteille à portée de ma tête. Avec tous ces hooliganes qui traînent aujourd’hui, on n’est jamais assez prudent, vous comprenez, quand on atteint un certain âge, celui de plus faire les murs et les barricades.

Avec une amie mordue de foot-ball, on s’est dit qu’on pourrait aller voir le match à l’Alka, un restaurant servant de la très bonne nourriture et boisson, et propriétaire en plus, d’un écran de télévision Plasma géant. L’Alka, c’est le restaurant qui fait dancing après dix heures du soir, dans le sous-sol du théâtre l’Alka.

Accompagné de Ludmilla, on arrive vers 19.30 heures, histoire d’avoir de bonnes places. Manque de bol, il ne reste plus qu’une table, juste en face de l’immense porte grande ouverte. Vite fait, on s’y installe. Il ne manquerait plus  qu’on nous subtilise la seule place qui reste. Ludmilla s’installe et installe nos vestes sur les chaises pour les occuper, et moi, je vais au bar, commander le ravitaillement. Pour aider le personnel débordé, je prends avec moi les boissons, il ne reste plus que les repas qui arriveront plus tard.

On n’est pas à peine installé, qu’on sent le froid nous glacer. Par la porte ouverte, nous arrive un froid à zéro degré garanti. Vite fait, on enfile nos vestes, remerciant le ciel de ne pas les avoir donné au vestiaire. Malgré çà, on se gèle juste un peu moins qu’au stade, ou comme si on était à la tribune officielle. C’est dire qu’on aura presque vu le match en direct du stade.

Avec la nourriture apportée par la barmaid, arrivent (sur l’écran) les deux équipes opposées. Première chose, on joue l’hymne national de Géorgie. Tout le monde s’en fout, surtout les joueurs Géorgiens qui se tordent le cou et sautillent pour se réchauffer.

Puis c’est au tour de l’hymne ukrainien, que l’orchestre lointain commence à entonner. Et là, dans la salle du restaurant, on entend un immense vacarne de chaises bousculées. Je me retourne pour voir ce qui se passe, et voilà que tous les présents se mettent debout comme des piquets, ma Ludmilla comprise. Moi, j’ai le nez dans mon potage, mon boursh, ma cueillère toute chaude faisant le va et vient entre ma bouche et  le bol. Quand la Ludmilla me bouscule et m’intime l’ordre de me lever. Pourquoi faire, que je lui demande ? – Regarde autour de toi me dit-elle. Je me retourne pour avoir une vue sur la salle. Tous sont debout comme des palmiers de Las Végas, avec en plus la main sur le cœur. C’est la vraie «standing ovation ». Pour faire plaisir à Ludmilla, je me lève comme les autres, et attend que çà passe, car le potage n’attend pas, il va refroidir, c’est sûr. Pendant de longues minutes, on est là, debout, dans un silence total, la main sur le coeur, interpelé par l’hymne national ukrainien.

Enfin, après de longues minutes la musique s’arrête, et ceux mêmes qui se levaient il y a douze ans à peine à l’écoute de la musique à l’enseigne « faucille et marteau » de l’Union Soviétique, se rassiéent. On peut enfin continuer à manger la nourriture, très vite refroidie par notre zéro de température intérieure.

Le match a commencé il y a à peine douze minutes, que les Ukrainiens marquent un premier but.

Les Géorgiens n’ont pas le cœur à l’ouvrage. Il est probable qu’ils  ne voulaient pas blesser l’honneur des petites Ukrainiennes qui leur avaient accordés leurs faveurs la veille, à l’hôtel. Des fois qu’en plus, si l’une d’elles avait un frère ou un fiancé dans l’équipe adverse, vous voyez l’affront que çà fait.  Et pour couronner le tout, si la sauterie était payée par l’équipe ukrainienne ?

Alors, ces pauvres Géorgiens se sont écrasés, acceptant même en fin de match un deuxième but, terminant à un score de deux à zéro. Ils n’ont même pas voulu sauver l’honneur je pense, car ils ont très bien joué et auraient pu marquer au moins un but.

Finalement, les Ukrainiens ont bien joué, peut-être. Mais les petites putes de la veille ont, elles aussi, fait du bon travail, du travail de sape.

 

Lundi 18 octobre.

 

Comme je dois me rendre dans le delta du Danube, je vais laisser derrière moi la grisaille du Nord et aller prendre la température du littoral noir, c'est-à-dire celui de la Mer Noire.

Le delta du Danube est une région frontalière avec la Roumanie, juste au sud de la Moldavie.

Je ne savais même pas que le Danube se jetait en Ukraine. Le Danube, moi, je le connaissais au sud de Stuttgart, du côté de Rosenheim, en Allemagne, aussi à Budapest, et voilà qu’on me dit qu’il est là.

Comment il a pu faire ces deux mille kilomètres, et traverser tant de pays ?

Enfin, pour y aller il vaut mieux aller d’abord à Odessa (se prononce Odiessa), puis bifurquer en direction de l’ouest.

Pour aller de Kiev à Odessa, en passant par Lviv, où j’ai à faire, la route directe passe par Ternopil (rien à voir avec Tchernobyl qui se trouve à l’antipode est), Vinnitsia et Ananéi.

Mais pour la rendre plus longue et pittoresque, on peut longer la Moldavie et, se jeter carrément de Kichiniv dans Odessa. J’ai oublié de demander s’il fallait un visa pour se rendre en Moldavie, qui faisait partie intégrante de l’Ukraine, qui elle-même faisait il y a seulement 12 ans, partie intégrante de L’URSS.

Cela aurait valu la peine de passer et visiter la Moldavie, que je ne connais qu’à travers ses vins et ses grosses marchandes de fruits, spécialement les pruneaux d’Agen (séchés), qu’elles dénoyautent  à la main sur place, pendant qu’elles les vendent.

Quelque soit l’itinéraire, la route est souvent mauvaise mais toujours pittoresque, découvrant une campagne, un habitat rural assez différent de celui d’Europe de l’ouest. Par exemple, il n’y vrombit presque aucun tracteur, les déplacements se font par charrette ou char à banc, ce qui évite à ces milliers d’oies errantes de se faire écraser.

Au détour d’une série de virages apparaît enfin Odessa. La ville est comme entourée d’une ceinture de verdure.

Deux cents kilomètres après Odessa, me voilà dans cette région du Danube.

Enfin, il est là le Danube, même qu’il s’est construit un immense delta vers Vilkovié.

Toute la région est une région de marécages ou de « zones humides » comme on les appelle au WWF.

Elle abrite toute une diversité biologique, faune comme flore, que le WWF entend protéger et sauvegarder . Elle héberge des oiseaux migrateurs et autres espèces protégées.

Enfin, c’est une merveilleuse région à préserver telle quelle, en tant que réserve naturelle.

D’ici, pour aller à Odessa à environ deux cents kilomètres à l’est, on passe par Sapata. De la région du delta, on prend la M15, on roule dans une région assez marécageuse, peu boisée et plate. Mais çà roule bien, le trafic étant presque nul, une fois l’été passé.

Au fait, ici il fait une température printanière. Il fait assez chaud, environ quatorze degrés. Mais il fait un peu gris aujourd’hui, sinon, le climat d’ici n’a rien à voir avec celui du nord.

 

Mardi 19 octobre.

 

Arrivé à Odessa par la route, je me rends quand même tout de suite à la gare ferroviaire.

Quand je ne connais pas une ville, j’ai l’habitude de me rendre à sa gare, même si je ne viens pas en train. Cela me permet de m’orienter et situer les quartiers les uns par rapport à la gare, donc par rapport aux autres. En plus, on voit quel genre de faune existe dans le paysage, et quelles sont les activités dans la vicinalité de la gare.

Ici la gare est un vrai palace, une espèce de château, construit en 1904, du temps des Tsars.

En cette journée de la mi-octobre, toute une faune se presse dans le petit hall de la gare, mais surtout, sur son terre-plein, derrière.

Là, des dames rondelettes (mais que font donc les hommes, car on ne voit surtout que les femmes au travail, les hommes, eux parlent souvent de travail, mais devant des verres de vodka, il n’y a alors que le mot « Rabota » (=travail) qui revient. Des femmes d’un certain âge, pour ne pas dire leur vrai âge, ont accroché une pancarte autour du cou sur laquelle il y a écrit : « KOMNATA » ce qui veut dire chambre, ou encore « KVARTIRA » voulant dire appartement à louer.

A Odessa, au lieu que le voyageur aille chercher sa chambre, c’est donc sa chambre qui vient le chercher.

Un peu plus loin, des hommes aboient : TAKCI (il faut l’écrire comme en russe, sinon, le mot perd sa signification contextuelle), mais plusieurs fois, quoi. Tiens, en voilà quelques uns, d’hommes, qui travaillent, car faire le taxi ne peut certainement pas être pénible.

Sur les quais, à l’arrivée d’un train, un escadron de vendeuses se précipite dans les différents wagons pour écouler une partie de leurs marchandises.

Certaines vendent du poisson fumé ou séché, au choix, d’autres du pain et des brioches, d’autres des yoghourts, d’autres des fruits, certaines vendent des légumes. Chacune s’est choisie une spécialité pour ne pas faire concurrence à la voisine, quoi.

Et là, elles n’ont que quelques minutes, pour faire une vente ou deux, car le train repart.

çà et là, on vous propose d’acheter des crevettes cuites. Elles sont toutes petites, minuscules même, du type du krill, qu’on trouve aussi en Norvège, et qu’on vous vend aussi dans la rue.

Sans vouloir généraliser, les gens ici ne rendent pas service. Vous demandez poliment un renseignement à une personne, elle, homme ou femme, jeune ou vieux, vous regarde et continue son chemin. Les plus polis, vous répondent qu’ils ne savent pas, alors qu’ils savent pertinemment.

Les gens d’Odessa ne sont pas du tout souriants. Le sourire, ils ne le connaissent pas. Ils ne sont en tout cas pas abordables, même pas les commerçants qui ont intérêt à l’être. Non, ici on vous ignore, on ne vous cause même pas.

Quand à Kiev, j’ai posé la question du pourquoi les gens d’Odessa sont aussi fermées, austères et à la limite de l’impolitesse, on m’a répondu à trois ou quatre reprises, que si elles étaient fermées, la raison essentielle à cela était que parce que c’étaient des juifs.

Ne serait-ce pas de l’anti-sémitisme déguisé çà ? Car sinon, qu’est ce que la religion a à voir avec l’humeur et le comportement des gens ? Donc, il y a forcément une autre raison, qui elle, doit être la bonne.

Mais sinon, c’est vrai qu’il y a à Odessa, la plus grande communauté juive d’Ukraine, peut-être. J’en invoque pour témoins les inscriptions et les plaques écrites en hébreu, qu’on voit aisément sur le devant de nombreuses maisons.

D’ailleurs, tiens parlant des juifs d’Odessa, il ne faudrait pas oublier que les Ginsburg, les parents de Serge Gainsbourg sont venus d’Odessa, s’établir à Paris dans les années 1930.

Donc, Gainsbourg, le génie, l’orfèvre en musique et composition, en est originaire.

Voilà de quoi peut  aujourd’hui s’énorgueillir Odessa, ce qui n’est pas peu. Et l’éminent Trotski, d’où vient-il, sinon d’Odessa.

Du temps des Tsars et ce jusqu’en 1917, année de la révolution bolchévique, c’était les juifs qui s’occupaient de l’import-export, de l’armement et l’affrètement des bateaux, avant que la troïka Lénine-Trotski-Rykov (ou qui était le troisième larron déjà ?) ne « kholkozent » un peu tout, le commerce y compris. N’oublions pas qu’Odessa était un des plus grands ports de Russie, par où passait tout l’approvisionnement de cette méga nation. Et celà continue, même si aujourd’hui la marchandise transite par l’Ukraine.

Mais Odessa, c’est aussi une station balnéaire, vues ses plages de sable fin et son climat doux. C’est donc une ville touristique, donc une ville de parasites plein d’argent, qui viennent encombrer le paysage de ces pauvres Odessiens laborieux, qui, peut-être les jalousent un peu. Et s’ils peuvent leur faire une entourloupe au passage, pourquoi pas ?

J’en veux pour preuve, cette serveuse de restaurant qui m’accueille avec le sourire, me parle en anglais et essaie de me placer à un endroit qui ne me convient pas, opaque de fumée, jouxtant une table de fumeurs acharnés. Alors, je la quitte et vais m’asseoir à l’autre antipode du restaurant, pour éviter la fumée. Là, je suis accueilli par une autre serveuse, qui ne parle pas anglais. J’aurais fait çà, même s’il n’y avait pas de fumeurs à proximité, parce que j’ai horreur des contraintes, comme par exemple, les propositions de menus des maîtres d’hôtel : « je vous conseille ceci, ou plutôt cela » pour se débarrasser de leur plat du jour ou du stock de vin de mauvaise qualité. Après un bon déjeuner, je quitte le dit restaurant, en laissant un large pourboire à la serveuse monoglote. En sortant, je demande en anglais  un renseignement à la première serveuse, et voilà qu’elle me dit qu’elle ne parle pas anglais, alors qu’une heure auparavant, elle le parlait parfaitement. Mais comme je ne me suis pas assis dans son périmètre, et ne l’ai pas faite profiter de pourboire, «vas voir ailleurs si j’y suis », semblent me dire, ses yeux.

A Odessa les femmes se sont un peu affranchies. Pourquoi dis-je çà, et bien parce que certaines ont un permis de conduire et conduisent une auto, et quelques rares d’entre elles conduisent un trolleybus. Alors qu’ailleurs, leur émancipation ne dépasse pas la conduite d’un tramway.

A côté de la gare, il y a l’imposante maison du peuple, à colonnades, avec un immense terre-plein devant, au beau milieu duquel, de son piédestal, Lénine harangue les foules, massées là, les jours de commémorations et de grands discours. Un square lui fait face où, là aussi il y a un piédestal avec des inscriptions en russe. Mais il manque la statue. Je suis sûr qu’il y en avait une ici. Et qu’on a du la déboulonner. Mais la statue de qui était-ce ?

Généralement, c’est celle de Lénine qu’on enlève en premier dans ces pays libérés du communisme. Or, Lénine est toujours à sa place, mais alors, qui serait le disparu ? Serait-ce Staline, ou peut-être Trotski, quoi que je n’ai jamais vu de statue de ce dernier bonhomme en URSS ? 

Odessa compte de nombreux musées. La plupart sont de somptueuses bâtisses du XVIIIième siècle, avec des frontons, des balcons et des corniches ciselés et décorés à l’extérieur, sur leurs façades. Stucke, escalier en marbre et statuettes ornent leur intérieur.

Mais beaucoup d’entre elles sont en mauvais état et risquent de tomber en ruines, cependant  toutes renferment des trésors merveilleux.

Tel ce musée appelé « Musée du Nord et de l’Ouest », qui renferme des peintures uniques et très anciennes.

La plupart des peintures, sont  surtout l’œuvre de peintres Italiens, Néerlandais, Espagnols ou Allemands. Bien sûr qu’il y en a quelques unes faites par des  Russes et des Ukrainiens.

Sinon, les auteurs sont des brochettes de peintres du XVI et XVIIièmes siècles, pas moins que çà.

Des illustres et pas des moindres comme, les Néerlandais Vinckeboons (1578-1626), F. Hals (1580-1666), A.Benson (XVI ième siècle), Rubens ( 1577-1640) ; les Italiens Ricci, Beletto et Guardi, tous trois du XVI ième siècle, J.Carpioni (1611-1647), Magnasco et F.de Mura (1696-1782), l’Espagnol Markes de Velasko (1655-1720.

Viennent ensuite les allemands comme Kampf, Ritzau et Max (1860-1930).

Tu les connaissais, toi, ces peintres, me dis-je ? J’avoue que je les rencontre pour la première fois. Il va sans dire que l’on sous-entend, sur la toile, n’est-ce pas ? Etant entendu que je n’ai pas eu le privilège de trinquer avec, ni applaudir Napoléon III ). De plus, je ne savais pas qu’il y avait des peintures de l’an 1511, aussi bien conservées, et derrière l’ex-rideau de fer, qui plus est. Parce que là, on n’engageait une dépense, que si elle était hautement-nécessaire, ou alors du domaine militaire, sinon, c’était « niet ».

Il faut vraiment les voir ces tableaux, de vrais chefs-d’œuvre de la vieille école de peinture, accrochés maladroitement à des murs très hauts, par endroit lézardés, sous des plafonds fendillés, qui risquent de crouler un jour sur ces chefs-d’oeuvre inestimables, si rien n’est fait à temps. Et ce n’est pas l’Ukraine d’aujourd’hui qui allouera un budget consistant à la culture, capable de restaurer ses musées.

Déjà qu’elle n’arrive pas à payer sa facture annuelle de gaz à la Russie. Alors, restaurer des musées, équivaudrait à nourrir les cochons au moyen de poires.

Une des salles renferme de l’art moderne, d’artistes contemporains. Une autre, des peintures modernes, mais plus ou moins courantes, plutôt même banales, d’auteurs qui sont encore en train de se convertir à la peinture, qui plus est, sans maître.

Dans une grande une salle de l’entre-sol, défile le portrait des différents gouverneurs d’Odessa. Et là, parmi eux, Autrichiens, Italiens, Austro-Hongrois, qui voit-on ? Et bien, un Français, un certain Prince Emmanuel de Richelieu, gouverneur d’Odessa en 1807. C’était sous le règne de Napoléon-Bonaparte, n’est-ce pas ?

A l’époque, Odessa était un « comptoir » français. Après avoir conquis Sébastopol (juste en face, sur l’autre rive) en  bon stratège, le cher Bonaparte y laissa une garnison pour veiller au grain. Sinon, à quoi auraient servi les dépenses de cette expédition coûteuse, en biens et en vies humaines ?

Encore heureux que celui-ci ne lui ait pas fait un enfant dans le dos, comme Bernadotte. Ce général n’est-il pas le seul à avoir réussi à ne pas être fusillé par la restauration ? Il faut dire qu’il était bien planqué, en Suède, à deux mille cinq cents Kilomètres de Paris. Et ils n’avaient encore le TGV, n’est-ce pas ? Même que sa descendance règne aujourd’hui encore. Alors que les fils des empereurs, autant que ceux des « restaurés » ont été balayés à jamais par la « Commune » de 1870.

Il y a aussi dans ce musée, des meubles ciselés, incrustés de nacre, des poteries anciennes, des sarcophages décorés d’or. Un peu à l’écart, il y a une salle renfermant des trésors chinois et bien d’autres choses.

Il y a aussi pas mal de sculptures, ici et là, représentant surtout la gente féminine. De ce lot, se dégagent les sculptures italiennes, en marbre blanc diaphane, qui, incontestablement remportent la palme.

Elles sont tellement bien faites, tellement ressemblantes que l’on se prend à penser, que la dame va peut-être descendre de son piédestal et venir nous sermonner, pour nos pensées libidineuses. Tant on écarquille les yeux, pour voir les détails proéminents de son anatomie. Ceci est tellement vrai, qu’à côté de moi, un visiteur se baisse même d’un poil pour essayer de voir à travers l’étole cache-sexe de la statue.

Ce ne sont pas des choses qui se font en société, encore moins dans un musée, çà, « niet ».

De là à faire comme ce paysan Grec des années 1988 (pas très loin de chez nous, voyez-vous), qui, en labourant son champs, avait trouvé la statue d’une femme Grecque (à cette époque, on n’avait pas encore découvert la Suède, encore moins l’Amérique, alors la femme ne pouvait être que Grecque, ou à la limite, Circassienne!). Il faut dire que cette fois, il labourait avec une sous-soleuse, pour implanter un verger peut-être. Imaginez-vous que ce fils de dévergondée (on va rester poli, et pas qualifier sa mère de péripatéticienne quand même, non?), et agriculteur quand même, au lieu de téléphoner au service archéologique, ou, embarquer la statue et aller la remettre au musée, ce Grec a lavé et bichonné cette statue, et l’a mise dans son lit. Et tous les soirs, ce cochon dormait avec cette belle Hélène (elle était hellénique) et ce pendant deux ans environ, jusqu’au jour où sa tante ou sa grand-mère, voulant faire le lit du polisson est tombée sur la belle restée au lit, de marbre évidemment.

Au lieu d’appeler le musée, elle, cette ménagère, a appelé l’hôpital psychiatrique. Ce qui revient au même, puisque celui-ci a fait venir le service archéologique, qui a finalement donc, embarqué la statue.

Laquelle statue, se laisse aujourd’hui admirer, au musée d’Athènes. Là au moins, elle fait le bonheur de millions de spectateurs, alors que ce cochon la voulait pour lui tout seul. Vous vous imaginez, comme l’homme est possessif de nature !

Mais de quoi est-ce qu’on parlait au fait ? Et ben donc, du musée d’Odessa.

Figurez-vous que les bonnes femmes qui y travaillent sont d’une inculture artistique monumentale.

Il en est de même de la police de garde au musée. Ce jour là en tout cas, la police est représentée par deux femmes, les hommes, « Nieto » il n’y en a point, du moins là.

Pour vous dire, je montre aux employées  la photo d’un illustre tableau, qui se trouve dans un des cinq musées d’Odessa. C’est quand même pas grand Odessa. Elles ne l’ont jamais vu et ne savent rien de ce tableau.

C’est un tableau rappelant le radeau de la méduse. Le radeau est ici une grande croix à laquelle s’accrochent des naufragés et, sur laquelle descend du ciel, une échelle en corde oscillant dans la tempête. La croix flotte sur une mer démontée, avec des vagues de dix mètres de haut, pour le moins. Le tout avec une petite touche chrétienne orthodoxe, puisque son auteur est Russe ou Ukrainien. Le tableau n’était pas non plus dans le deuxième musée que j’ai visité.

Ce qui fait que je n’ai vu que la copie de ce chef-d’œuvre, à cause de l’inculture de ces dames employées des musées, et leur manque de désir d’information.

Tout ce qu’elles voulaient, c’était vendre chacune son prospectus, ou ses cartes postales, ou ses catalogues des années 1950.

Pour çà, elles se démenaient.

 

Mercredi 20 octobre.

 

Un peu à l’extérieur de la ville d’Odessa, on voit d’anciennes usines. Sur cinq hauts fourneaux, un continue à fonctionner, soit 20 %. Les autres se sont éteints.

C’est presqu’incroyable, çà dépasserait même la moyenne nationale.

Odessa est avant tout un port, immense port d’ailleurs, rempli de paquebots qui déchargent. Au large, cinq paquebots attendent leur tour pour entrer dans le port, faute de quais disponibles.

Odessa a aussi son Amirauté, son académie maritime. Son école de marine est un peu en forme de paquebot, avec sur le toit, un mât, des girouettes et des câbles et des filins tendus, comme sur un bâteau.

Il y a même du côté du port, des bars pour marins, du genre de ceux servant des pintes déguelasses et, fréquentés par des putes à quatre sous. C’est là que foisonnent des écriteaux écrits en anglais, genre « seaman desire » ou « sailors bar ».

Odessa est une ville ancienne, avec beaucoup de bâtiments du XVIII et XIXième siècles, mais presque tous en mauvais état. Là, on voit une jolie maison avec des inscriptions juives et des dates : 1816-1917. C’est en 1917 qu’a eu lieu la révolution et partant de là, l’abandon des religions et des cultes.

Mon hôtel, lui, n’est pas d’époque, à moins que l’époque soviétique en soit une en effet.

C’est une bâtisse sise sur la Prospekt Kanatna, à hauts plafonds, de style assez austère, malgré qu’elle soit de couleur jaune orange. C’est l’hôtel Aktiaberskaya, ou Hôtel d’octobre, allusion à la révolution d’octobre 1917, vous avez compris, bien sûr.

A propos d’octobre 1917 et de révolution, celle-ci a commencé bien longtemps avant. Elle a pris ses racines en fin 1893 avec la création du parti « libération du travail ». Puis elle s’affirme avec le congrès des « socio-démocrates » russes à Londres en 1903.

C’est d’ailleurs à ce congrès que Vladimir Oulianov, dit Lénine, raffle la majorité et se fait appeler, lui et ses partisans, les « bolchéviks » (« bolchinstvo » voulant dire majorité, en russe).

La répression des ouvriers Péterbourgeois dans ce « dimanche rouge » (9 janvier 1905), la défaite de l’armée contre le Japon, particulièrement la marine, à Port-Arthur et Tsoushima (15 mai 1905), et la création de conseils ou « soviets » dans toutes les corporations, font naître le souffle de la révolte dans les rangs de l’armée et surtout, dans ceux de la marine, même si ses marins n’ont pas participé à la guerre, comme ceux en rade d’Odessa.  

Le ferment de la révolution est donc arrivé jusqu’à Odessa, avec le soulèvement des matafs du cuirassé Potemkine le 14 juin 1905. L’odyssée du socialisme soviétique aurait débarqué aussi à Odessa.

D’ailleurs, le film « le cuirassé Potemkine » aurait été tourné à Odessa. On retrouve cet escalier à cent marches donnant sur le port d’Odessa, qu’on voit dans le film du Potemkine.

La plage, ou plutôt les deux plages s’étendent à droite  et à gauche du port et, partent sur des kilomètres, avec du sable assez fin, pas déguelasse, avec des infrastructures passables, cabines, petits hôtels, restaurants, bars, chaises longues et transatlantiques, manèges, parcs d’attraction pour les gamins etc.

Une ceinture végétale de quelques centaines de mètres sépare la ville de la plage, la ville surplombant la plage, accusant une dénivellation d’au moins 8 à 10%.

Odessa est un port de la mer noire, qui fait face à la Turquie.

Et du coup, on comprend l’empressement des Turcs à être présents sur ce territoire, eux qui l’ont occupé pendant des décennies.

Là, on voit en effet un consulat de Turquie, et beaucoup de magasins ou comptoirs d’import-export, les Turcs exportant fruits et légumes, textiles et produits manufacturés et se retrouvent presque seuls sur ce marché vierge, sans concurrence, du moins pas encore. Et de plus, quel pays pourrait offrir les si bas prix qu’offre la Turquie ?

Odessa, ou ses alentours, en gradins ou en hauteurs, offrent des sites favorables à la culture de la vigne. C’est ce qui a fait l’essor du vignoble d’Odessa, comme son Sauvignon, son mousseux par exemple, ou encore son cognac.

A Odessa, la culture du raisin est tellement importante, que les vendanges sont fêtées en ville, en octobre. Ces jours-là, des stands de dégustation de vins fleurissent  dans la ville, et l’ambiance est bonne enfant.

Je dis bien ce jour là, exception par rapport au reste des jours de l’année, où les mines sont moroses, et le sourire malais, s’il s’en produit un (il y a quand même un nombre impressionnant de naissance, alors, sur le lot, il y forcément deux ou trois bébés qui rient jaune).

On a même fait venir les majorettes qui n’ont pas défilé mais joué sur une estrade. Elles ont du être insuffisamment payées pour faire çà.

La vigne, du moins des treilles parfois cinquantenaires poussent en pleine ville, et dardent leurs grappes mûres en ce mois d’octobre. Les grains de raisins, noirs, sont tout petits mais délicieux.

Si vous ne pouvez pas profiter des plages, deux jours à Odessa suffisent comme séjour. Auquel cas, alors, faites comme moi, descendez encore plus au sud.

Jusqu’au premier octobre, il y a une liaison maritime entre Odessa et la Crimée. A choix, un bateau peut vous déposer à Tchornomorskié ou à Yevpatoria. Comme on est en fin d’octobre, vous pouvez donc oublier cette croisière et, prendre la route ou le rail, car la Crimée est une presqu’ile, donc reliée par la route à l’Ukraine.

Pour plus de repos et de confort, et même d’économie (car ma voiture grille quand même ses dix litres d’essence aux cents kilomètres), va pour le train, et va pour le milieu de la Crimée, soit, Sinféropol.

De là, on avisera, sur la direction à prendre.

Le train de nuit d’Odessa à Simféropol en Crimée, est très confortable. Il met un peu plus de onze heures pour faire environ cinq cent cinquante kilomètres, avec arrêts aux gares, tris des wagons et tout le tremblement. 

On peut prendre au choix, soit une couchette de deuxième ou de première classe. La différence de prix est minime.

La deuxième classe offre quatre couchettes, deux superposées de chaque côté du compartiment et héberge quatre dormeurs, genre petit dortoir, ce qui assure plus de contact et autorise à plus de convivialité. Mais ceci multiplie les risques de tomber sur des ronfleurs, ce qui risque de gâcher votre nuit.

En première classe, c’est moins encombré et là, on sera dans un compartiment à deux couchettes, avec la chance d’avoir celle à ras du plancher. Dans ce cas, on a plein d’espace et d’oxygène. On passe sa nuit avec un ou une seul(e) inconnu(e). Mais, c’est aussi à la fortune du pot. Vous pouvez tomber sur un gars ou une môme sympathique, et vous passez alors un voyage agréable, et une bonne nuit. Mais vous pouvez aussi tomber sur un ou une cinglée. Auquel cas, vous souffrirez le calvaire. Surtout si vous êtes du sexe féminin et que vous tombez sur un gars libidineux. Alors là, vous passez votre nuit debout, dans le couloir. Notez que le couloir est assez pompeux, avec des rideaux de dentelles aux fenêtres, et d’un épais tapis sur tout le long du couloir. A part que, pour ne pas salir le tapis, on l’a recouvert d’un tissu de jute, faisant un peu serpillière.

Remarquez qu’ils ont eu raison de faire çà, surtout aux abords des toilettes, le plus souvent inondées, et d’où les gens ressortent avec les chaussures ruisselantes. En parlant de toilettes, au nombre de deux par wagon, je vous rappelle que vous devriez vous lever avant les autres, pour aller aux toilettes et faire vos ablutions.

Si vous attendez, vous aurez une queue de gens pas possible, et vous risquez de quitter le train sans même vous être brossé les dents. Ce qui est inconvenant si vous  êtes attendu par quelqu’un, et encore plus si vous devez lui faire la bise. Car là, en plus de votre haleine fétide, vous avez une râpe à fromages aux joues, et ce n’est pas çà que vous voulez frotter sur les joues roses de la dame BCBG sous tous rapports, qui vous fait l’honneur de venir vous attendre sur le quai ?

Sinon, on passe une nuit assez agréable à dormir sur ces couchettes du train de nuit. D’abord, parce qu’on est bercé amoureusement comme par une nounou.

Moi, cette nuit, çà me fait le même effet que si je montais un cheval et que je l’avais mis au galop. A chaque secousse latérale du wagon, causée par le vide de la jonction des rails, cette secousse me rappelle le balancement du flanc du cheval dans son galop, en plus des permanentes oscillations de mon corps d’avant en arrière, chaque fois que le cheval pose ou décolle ses sabots.

Pourquoi croyez-vous que les Indiens (d’Amérique) ont appelé le train, « le cheval de fer » ?

Ils sont montés dedans, ont découvert la même sensation de galop, en plus du parcours des distances. Alors, ils n’ont pas hésité, c’était « vendu »,  pour eux c’était le « cheval de fer », plus authentique que le « chemin de fer », appellation des visages pâles.

La station debout dans le couloir (je dis çà pour les filles qui doivent découcher, à cause de la présence d’un gros porc dans leur demi-compartiment, elles n’ont payé qu’une couchette , donc la moitié du compartiment, non ?), donc cette station n’est, elle, supportable qu’au milieu du compartiment, parce qu’à ses extrémités, il y a les toilettes, et ces lieux n’ont jamais connu les détergents et autres produits de nettoyage.

Elles dégagent abondamment des odeurs d’ammoniaque, à cause du pipi qu’on y repand.

Et à propos de toilettes, grâce au ciel, elles ne sont pas à la turc, mais voici un conseil. Quand vous avez fait vos besoins, enfoncez très gentiment et doucement la pédale de la chasse d’eau, sinon, malheureux, vous recevrez dans la figure, une petite giclée de vos déjections. Le fond des W.C revient ultra-rapidement, si vite à sa place qu’il vous restitue une partie de ce que vous lui avez confié. Notez que ce n’est pas trop grave, d’abord parce que ce sont vos propres (ou sales) déjections (les Japonais boivent leur pipi au petit-déjeuner, alors, vous voyez que ce n’est pas si méchant que çà). Et de plus, vous pouvez vous nettoyer, vous avez de l’eau dans le robinet juste à côté.

Le robinet possède comme tous les autres deux grands boutons, mais ce n’est pas eux qui vont vous donner de l’eau. Alors, arrêtez de les tourner en tous sens. Il vous faut aller sous le robinet et appuyer sur un téton pour que l’eau arrive. C’est le même système que les abreuvoirs pour les porcs et les vaches. Ainsi, si vous lâchez le téton, vous coupez l’eau. C’est ainsi que l’on fait des économies. Alors qu’avec des boutons, les gens les laissent même ouverts et s’en vont. 

Sinon, contre six grivnias, on reçoit des draps et une serviette propres, sertis dans du plastique. Il y a un wagon restaurant, un room-service, surtout pour le thé. 

 

Jeudi 21 octobre.

 

Pour ceux qui ne la connaissent qu’à travers leurs manuels d’histoire, la Crimée se résume aux batailles de l’Alma, de Malakof et de Sébastopol. Elle rappelle aussi la victoire du maréchal Mac Mahon (Français malgré son nom et, qui deviendra président de la république de 1873 à 1879) et sa célèbre phrase : « j’y suis, j’y reste ». C’était entre 1854 et 1855, durant cette guerre qui opposa la Russie de Nicolas I, aux alliées Turco-Anglo-Français. 

Dans nos manuels, on ne parlait ni du charme de la Crimée, ni de ses richesses, encore moins du sable fin de ses plages. On se cantonnait à l’écrasement de la flotte russe et au bombardement d’Odessa, entre autres.

La Crimée, c’est une région adorable, on en tombe tout de suite amoureux. Là, il y a des paysages extraordinaires, une végétation de garrigue, une morphologie en montagnes russes, avec des monts, des plats et des vaux.

Elle possède des plages merveilleuses et un climat presque méditerranéen, avec l’avantage de prix incroyablement bas, évidemment. On est encore en Ukraine, n’est ce pas ? Les routes sont excellentes, vu que le « gratin » russe roulait dessus en été et, exigeait donc des routes bien asphaltées.

C'est un peu comme la Corse, sans le tempérament des Corses, et en mieux. Voilà en quelques mots, résumée la Crimée.

Elle produit d’excellents pinards aussi, des légumes bio à profusion dont, ces échalottes fuschia criméennes, tressées en de longues nattes, vendues sur les routes par les paysans.

Dire qu'il y a douze ans, il fallait un laissez-passer pour venir en Crimée, quand on n’était pas apparatchik ? Et Sebastopol, port militaire avec ses sous-marins et tout le tremblement, était strictement interdite à toute personne non résidente à Sebastopol. Ses habitants avaient l'exclusivite du site.

Aujourd'hui, il y a encore sur les routes les anciens points de contrôle, assez nombreux, où il fallait montrer patte-blanche. De nos jours, les flics y sont, mais ne mettent pas le nez hors de leurs guérites.

C'est le chauffeur de bus qui doit descendre, aller vers eux et leur dire un truc, mot de passe ou autre, ou leur declarer qu'il ne transporte pas du bétail mais des humains. Allez savoir ce qu'ils se disent. Ou alors, allonge-t-il un backchiche, que ce n'est pas du tout exclu.

Il y Sevastopol, à la pointe sud de la Crimée, qui vaut le détour pour qu’on l’admire.

Enfin, c'est tellement génial cette Crimée, que j'ai envie de vous la faire découvrir lors de prochaines vacances.

Il n'y a pas que les plages qui y attirent le monde. C'est bourré d'archtectures anciennes, tartares, turques, orthodaxes, grecques et j'en passe.

Il y a Alouchta, la "Cannes" de la mer noire, plus jolie que Cannes et en moins cher, avec ses kilomètres de plages de sable mi-fin, mi-grossier, mais pas de plages jonchées de cailloux, comme à Nice.

Il y aussi Feodesia, merveilleuse avec ses falaises et son littoral rocheux et découpé.

La crimée, c'est aussi Simferopol, incontournable noeud gordien.

Une ville , une plage merveilleuse, et un port agréable d'où  partent ou arrivent  les croisières, c'est Yepatoria. Trés jolie ville.

Et des stations balnéaires, il y en a une dizaine au moins. Moi, je ne les ai pas toutes vues. Je n'ai passé qu'une semaine en Crimée. Pour voir un maximum, j'ai spidé, mais il y a tant de choses à voir là.

Et les boissons, on les a oublià ? Pourtant, je leur consacrais tous mes apéritifs. On a le Krim, le Kahor, le mousseux etc, et même la vodka.

En resumé, la Crimée, c'est environ huit cents kilomètres de littoral dont au moins, trois cents kilomètres de plages , c'est sûr.

En Crimée, iI y a aussi Yalta, la "Nice" de la mer noire, mais en mieux, en plus joli et en moins cher.

La ville est construite sur des flancs de montagnes et, possède une vieille ville qui rappelle un peu les villages du vignoble lausannois, comme Chardonne, Cully etc... Mais le gros de la ville est situé au piedmont. Yalta, c'est aussi un grand port prospère.

Yalta, toujours gardée par la statue du camarade Lénine qui surveille sa "prospekt" d'un air indolent, maintenant qu'il sait que les gens se sont, à vie, détournées du communisme et, qu'il ne pourra plus jamais les convaincre. Même si le siècle enfantait d'un nouveau Karl Marx. Ils ont compris ces semi-russes et, ne veulent plus jamais entendre parler de collectivisme ni de kolkozes.

Quoique tous les vieux, sans exception, sont nostalgiques de l'ancien régime et votent communistes.

Yalta, c'est de là, que le Tsar Nicolas (quel numéro déjà qu'il avait celui-là, trois ou quatre?), disons trois, et par la suite ce Cher Staline, qui de leur chaise longue et de la plage où ils se doraient, envoyaient sans autre, sans aucun état d'âme, un verre de vodka glacée à la main, envoyaient donc les soldats à la guerre et les dissidents au Goulag.

C'etait de leur faute, aux dissidents. Pourquoi voulaient-ils avoir une opinion différente de celle du chef ? ça se punit ça.

A un  point tel que le camarade Staline a envoyé à lui seul, pas moins de trente millions (c'est la population de l'Ukraine d’à lors) de ses compatriotes en Sibérie, dont  vingt millions y sont morts, pas de froid ni de vieillesse, mais de mauvais traitements.

C'est ce qu'on vient de commémorer dernièrement à Moscou, les vingt millions de victimes du cher Josef, sans pour autant qu'on puisse poursuivre les auteurs des sevices, dont certains vivent encore.

Qu'est ce qu'on s'en foutait des vingt millions de gars "sibérisés sur place". Le même Josef a envoyé au casse-pipe, contre les Allemands une centaine de millions d’hommes, dont trente cinq millions sont encore ensevelis sous la neige et les gravas, d’après les récits de soldats de l’époque. Ils avaient un fusil pour deux ou pour trois soldats. Vous voyez le type de stratégie stalinienne, de la méthode "chair à canon" ? Alors, vingt millions de morts en Sibérie, à côté, ce n'est rien du tout.

Mais ça, c'est très loin de la Crimée, de son soleil, de ses plages, de son Mac Donald, de ses bistrots et de ses boîtes de nuits et j'en passe.

La Crimée est une grande presqu’île située en Mer Noire, au sud de l’Ukraine. C’est un immense îlot, rocheux  en bordure de mer, avec des montagnes faisant la ceinture de cette presqu’île et tombant souvent à pic dans la mer. Ce qui occasionne des paysages découpés, émergeant de l’eau, avec plein de massifs, comme ceux des falaises de Caux et ce, sur presque les trois quarts du pourtour de la presqu’île.

Ce qui fait que le littoral est le plus souvent rocheux, mais ménageant entre deux infractuosités ou deux falaises, des kilomètres belles plages de sable fin.

L’intérieur aussi est montagneux, ménageant évidemment des vallées entre deux chaînes de montagnes. Par endroit, l’altitude est douce et on assiste alors à un paysage de collines et de vaux, très propices à la culture de la vigne, puisqu’ici, le soleil est généreux.

La Crimée est une région à climat doux, souvent ensoleillé, et où les températures sont clémentes. Tenez, par exemple, aujourd’hui 21 octobre, il fait dix sept degrés, et les gens se promènent en chemises à manches courtes.

La Crimée n’est pas une terre en friche, comme l’est souvent, le reste de l’Ukraine. Les terres sont un peu partout cultivées.

Car, évidemment, « les plaines d’Ukraine » dont parlait Gilbert Bécaud dans sa chanson « Nathalie », c’est du passé bien lointain. C’est vrai qu’elles ont eu donné abondamment de grains, les plaines d’Ukraine, mais c’était à une époque soviétique, des années dures. La terre est d’excellente qualité d’accord, aujourd’hui encore d’ailleurs, mais à l’époque les gens travaillaient dur.

Mais en Crimée, on continue à travailler. Et là, on voit beaucoup de tracteurs. Ce qui signifie, de l’opulence mais aussi une détermination au travail des paysans.

Il y a même certains inconditionnels qui se baignent. L’eau de mer est en effet à température supportable, assez chaude, à combien de degrés ? Çà, je ne pourrais pas vous le dire, car je n’ai pas emporté mon thermomètre ce jour là, et nulle part, on affiche la température de l’eau.

Quoiqu’il en soit, le climat est doux, les températures clémentes et rivalisent avec celles de la côte d’Azur. Il est en flagrante contradiction avec les températures polaires du nord, comme à Kiev ou à Lviv, où il ne fait aujourd’hui que deux degrés. Çà ne nous fait pas quinze degrés de différence, çà ? Alors qu’au nord, les gens se chauffent avec leurs radiateurs tout-venant, en Crimée, les gens se dorent au soleil en économisant sur le chauffage.

C’est bien pour çà que les Russes ont élu ici, domicile d’été et ce depuis le temps des tsars. Peut-être même avant, et çà continue aujourd’hui avec les nouveaux riches Russes.

Comme le pouvoir russe venait ici passer ses vacances, il fallait bien qu’il circule, qu’il roule, et qu’il roule bien. Alors, il a fait en sorte que les routes ici soient bonnes et même très bonnes parfois. On ne peut hélas, en dire autant du reste de l’Ukraine. 

La Crimée est dotée d’un climat rappelant souvent le climat méditerranéen, comme celui de Corse, par exemple. D’ailleurs son relief ressemble beaucoup à celui de la Corse.

Je trouve, du point de vue géologique, morphologique et climatique, beaucoup de similitudes entre la Crimée et la Corse. Et leurs deux noms commencent  également par « C ».

La végétation y est un peu similaire. Ainsi trouve-t-on des lauriers-cerises, des lauriers roses, du romarin, de l’armoise grise, des palmiers, des yuccas, etc…et, même des amandiers.

Trois des diverses espèces de pin y habitent allégrement (on dit bien un « habitat végétal », oui, alors, les pins habitent en Crimée), comme le pin parasol, le pin sylvestre et le pin d’Alep. Il y en a peut-être d’autres, que je n’ai pas eu le temps de voir.

Et évidemment, sur les nombreux côteaux, collines et  autres déclivations pour ne pas dire des géo-synclinaux, courent à « tout pied » (pourquoi dire à toute jambe ?) les ceps de vignes, ou les pieds de vigne de Sauvignon, Chardonnay et autres Tokay, donnant d’excellents vins qui avaient fait la réputation œnologique de l’ex-URSS.

Tiens, il y a même un excellent vin rouge, de grande réputation nationale appelé « KAHOP ». çà ne vous rappelle rien çà ? Bien sûr, çà rappelle la ville de Cahors, dans le sud de la France, elle aussi généreuse en vin. Vous ne pensez pas que leurs ceps viendraient de Cahors, apporté par l’un des grognards de Napoléon qui voulait fonder une famille avec une Ukrainienne.

A moins que ce soit les gens d’Emmanuel Richelieu qui les aient amenés.

A propos de fonder une famille avec une Ukrainienne, ce n’est plus une utopie, c’est une réalité pour certains.

Dans une ville d’Ukraine, appelée VINICIE, quatre cents jeunes filles de toutes beautés, se sont inscrites volontaires, pour épouser les Grecs d’un certain village de pêcheurs, d’où toute la gente féminine a déguerpi vers Athènes, laissant les hommes seuls.

Mais vous savez ce que çà veut dire çà ? On ne peut pas laisser un homme, seul avec un Grec, décemment, çà remonte à leur antiquité ces mœurs homophiles.

Alors les pêcheurs ont contacté une agence matrimoniale d’Ukraine, et vont faire des mariages touristiques et par correspondance, comme on vient de le dire.

D’ailleurs, il y a  six jours de çà, tout un avion rempli de Grecs est arrivé, pour aller faire connaissance et tâter ces « fiançées » vues en photo seulement.  Des bus charters bourrés de Grecs ont  pris la direction de la ville de Vinicie. Le cinquième des Grecs du village de pêcheurs sont, casés maintenant, les autres vont suivre dans d’autres charters. Moi je trouve que c’est génial comme idée, et que les mélanges ne peuvent donner que du bon. Les grandes perdantes, ce sont les ex- femmes des pêcheurs Grecs qui, se retrouvent à faire les ménages, ou les prostituées à Athènes, où la vie est devenue horriblement chère.   

Elles vivent à Athènes, d’accord. Mais que voient-elles d’Athènes ? Pas même le panthéon, vue que leur vie nouvelle se résume à dix heures de travail quotidien pour payer le loyer, le bus, le transport, les produits de beauté (vous ne pouvez pas arriver au travail comme un épouvantail quand vous êtes une femme, non ?), la nourriture, les vêtements. Et elles emprunteront même un mois sur quatre pour boucler leur budget. Et la bagatelle dans tout çà ? Et bien, elles n’en ont pas la force, encore moins le temps. Alors, là, ce sont les hommes qui ont gagné. Et les petites Ukrainiennes.

Les Grecs, les voilà débarrassés de leur épouvantail à barbe(j’ai remarqué que plusieurs femmes quinquagénaires avaient le menton et la lèvre velus, en Grèce) contre une playmate hollywoodienne, ou presque.

Ce n’est pas excellent ce procédé d’échange, vous ne trouvez pas ? C’est le troc qui, prévalait il n’y a pas plus de mille ans à peine, et c’était génial. Il n’y avait ni dépréciation de monnaie, ni dévaluation, ni Wall-street.

Vous aviez trop de pommes de terre, pas de problème, on vous prenait  l’excédent et on vous donnait du blé, et pour faire bonne mesure, on rajoutait ces deux pots de miel et ces deux poulets, et le compte était tout rond.

Vous n’aviez même pas de monnaie à reprendre.

Là, j’ai trop de jeunes filles, vous, vous avez trop de mecs, on va faire un mélange des billes. Mais, on ne va pas partager, parce que ce sont les Grecs qui emportent tout, les meufs, leurs dots et par la suite leurs gamins peut-être même. Mais çà arrange à merveille les Ukrainiens, comme çà, ils pourront rajouter mille hectares de bonne terre à leurs jachères. Vues que les femmes installées en Grèce, enverront de l’argent à leurs parents, qui seront moins tentés d’aller labourer.

Ces bonnes terres dont on parlait autrefois, du temps de Boulganine et de Kroutchev, mondialement renommée sous l’appellation de « Tchernosium ». Aujourd’hui, on ne parle plus de Tchernosium mais plus de Tchernobyl.

Mais, revenons au voyage de Crimée. Le train, je veux dire la voie ferrée, s’arrête à Simféropol, en Crimée, un peu au centre de la  Crimée.

Simféropol est une ville très étendue, très lâche, avec de très vastes et larges avenues qu’on appelle ici les « prospekts ». Les maisons sont blanches et basses, à deux étages, et à trois au maximum.

Là aussi, les commerces sont hébergés par des constructions légères, en bois ou en tôle, qui  font légions. Beaucoup vendent de la bière, mais quand votre pense est remplie, on vous dit qu’il n’y a pas de toilette. Ce qui est vrai. Alors, certains endroits en font office et dégagent alors des odeurs effroyables.

Mais la palme reviendra toujours aux toilettes de la gare routière de Yalta. Engorgées de monde et si peu nettoyées, qu’elles sont, qu’on les sent à cent mètres à la ronde.

Et de Simféropol, part toute une armada de Trolleybus (certaines lignes, électrifiées font plus de cent kilomètres de long. On devait desservir l’île et le peuple). C’est çà le communisme, à défaut de rendre toute la population strictement également riche, il faut alors la rendre strictement également pauvre, pour ne pas qu’il y ait de jaloux, voyons.

Nonobstant, exception est faite pour les apparatchiks. Pourquoi croyez-vous qu’ils ont tout fait pour grimper les échelons du parti communistes ? Qu’ils n’ont pas de scrupules à écraser leurs semblables ?  C’est pour accéder au luxe, bien sûr ! Caviar, Volga et datcha au menu.

Il part aussi des bus et surtout de mini-bus, ces fameux « marchroutkas » qui n’ont point d’arrêt de bus mais s’arrêtent à la vue d’un client, comme en Afrique, et desservent l’île dans toutes les directions, tous azimuts.

 

Vendredi 22 octobre.

 

Maintenant qu’on est à 8 heures du matin à Simféropol, qu’est ce qu’on fait ?

Je reconsulte ma carte et mon guide, et redécouvre que les plus beaux coins sont soit à l’est, soit au sud, à part Yevpatoriya où j’aurais débarqué si j’étais venu par bateau.

Alors, le plus logique est que je commence par Yevpatoriya, qui se trouve à soixante dix  kilomètres à l’ouest.

Un mini-bus de luxe me transporte en une heure et quart environ. A travers ma vitre, je vois une campagne merveilleuse, des côteaux ensoleillés avec plein de vigne qui court dessus, se raccrochant à des fils de fer pour que ses sarments ne tombent pas. C’est le système de la vigne tuteurée.

Et de Novofiédorika à Yevpatoriya, une vingtaine de kilomètres, la vue est merveilleuse. On a à l’est un lac, à l’ouest la mer noire.

Voilà, le mini-bus me dépose à la gare routière et je circule à pied, vu que j’ai épuisé mon ticket. J’arrive dans une ville basse, aux maisons basses et blanches rappelant beaucoup les poutours de la Méditerranée.

Vous connaissez Yevpatoriya, ou faut-il vous la décrire ?

C’est un port, mais aussi une ville dotée d’une longue plage de sable fin, avec une longue « promenade des Russes » comme avenue bordant la mer. Les constructions sont un peu de style byzantin, mais il y a un peu de tout.

Il y a une immense mosquée, la mosquée Dzhuma Dzhami, très belle, un monastère des dervishes tourneurs, mais aussi des églises orthodoxes. C’est que la ville a connu de nombreuses invasions, dont celle des Turcs.

En résumé, il faut aller voir, mais peut-être en été, car c’est une station touristique, et certains téméraires sont encore là, à se baigner en fin octobre. Il faut dire que l’eau est tiède et le temps est assez chaud. Il fait 19 degrés, çà va très bien pour moi, c’est même largement suffisant.

 

Samedi 23 0ctobre.

 

De Yevpatoriya, je fais un retour à Simféropol. Simféropol est un peu le noeud gordien de la Crimée, comme on l’a dit plus haut. C’est une ville d’apparence nouvelle, je ne vois pas de vieille ville ou alors, elle est bien cachée. Sinon, la ville très étendue, très grande, avec de très vastes et larges « prospekts », comme on appelle ces avenues en russe. Les maisons sont blanches et basses, à deux étages et à trois au maximum. Elles sont éloignées les unes des autres et non concentrées comme dans les vieilles citées, où le prix du terrain devient déterminant de la superficie de la maison.

Là aussi, les commerces sont hébergés par des constructions légères, en bois ou en tôle, parsemées un peu partout. Beaucoup vendent de la bière, mais quand votre vessie est remplie, on vous dit qu’il n’y a pas de toilettes, comme partout ailleurs.

Alors, vous faites comme tout le monde. Et vous allez pisser du côté des poubelles, le coin se prête pour çà.

De Simféropol, toute une armada de Trolleybus part dans toutes les directions, pour desservir les villages proches.

Il y a aussi une profusion de bus et surtout de mini-bus, ces fameux « marchroutkas » qui n’ont point d’arrêt de bus mais s’arrêtent au gré du client.

En Crimée, la majorité de ces mini-bus sont étatiques ou sociétaires. Car au départ du mini-bus, une pointeuse vous vend un ticket, compte le nombre de passagers, pas de surcharge s’il vous plaît, et quand le plein est fait, elle inscrit tout çà sur son calepin et « aboie » au chauffeur qu’il peut dégager.

Ce qu’il fait sans demander son reste, à toute pompe, maintenant le train sur environ quatre à cinq kilomètres. Et après, mon ami(e), il ralentit jusqu’à rouler au pas, et s’arrête dès qu’un piéton lui fait signe. Et alors, vas-y qu’il vous charge tout le monde qu’il peut, remplissant son bus comme un œuf, au rythme du remplissage de son propre porte-monnaie. En une heure, il gagne ce que la compagnie gagne en un jour. Car à un client qui descend, deux ou trois nouveaux montent. Allez, avancez au fond, s’il vous plaît, et comme il n’y a plus de fond,  les gens sont collées comme des sardines dans une boîte marocaine (dans les boîtes espagnoles et françaises, vous avez quatre sardines qui se courent après, dans un immense bain d’huile). Çà nous fait trente cinq à quarante passagers, facilement, au lieu des dix huit chargés au départ, tous assis. A l’arrêt du bus, les piétons, humbles, demandent toujours au chauffeur s’il est possible de monter dans ce mini-bus bondé. Et la réponse du chauffeur est immuable: « MOJNA », c’est possible. Ravigoré par cette réponse, le dit piéton fonce dans la foule, se fraie un passage et devient alors passager.

Les Ukrainiens doivent bénir les dieux Daimler-Benz qui ont fabriqué ce tank sous forme de mini-bus Mercedès.

Il a un moteur diesel blindé, increvable, une suspension d’un 4 X 4, des ressorts en acier incassable, des amortisseurs de char d’assaut et une carrosserie des plus solides. Même les routes d’Ukraine n’en viennent pas à bout. C’est dire, si tous les transporteurs ont adopté ce modèle.

Cela me rappelle qu’un jour au Kenya, je lisais un journal sur une terrasse de Mombasa et tombais sur les faits divers. L’un d’entre eux rapportait un accident entre « two cars » (c’est bien deux voitures, vous êtes d’accord ?) et l’article annonçait qu’il y avait eu quatre vingt quatre morts !

Alors, j’ai accablé le journal du peu de sérieux qu’il avait à l’égard de ses lecteurs.

Quoi, personne ne contrôle les bêtises des journalistes, avant l’impression du journal? Les fautes d’orthographe, on s’en fout, d’ailleurs très peu de gens écrivent correctement aujourd’hui. Mais je parle d’erreur de frappe de chiffres ! Voilà ici une erreur flagrante, il s’agit de quatre morts, et tout au plus de huit morts dans deux voitures, quoique huit, çà soit un peu trop à mon avis.

Comme je pensais tout haut et que le garçon qui n’avait rien à faire était penché sur mon épaule, je le prends à témoin.

Vous vous imaginez, quatre vingt quatre morts, c’est le bilan d’une guerre çà !

Non, Sir, un accident entre deux « matatous » pourrait même donner cent morts.

Mais, ce n’est quand même pas un avion votre « matatou » ?

Non Sir, c’est un mini-bus, transportant de trente à cinquante personnes.

A ce taux de remplissage, les matatous n’avaient même pas atteint leur charge limite, puisqu’elles caracolaient avec quarante deux passagers chacune.

Par la suite, je les ai vu ces matatous (vous mettriez un « s » ou un « x » à la fin, vous ?). Ce sont des mini-bus Toyota  HiAce, avec une quinzaine de sièges. A la station de bus, la porte à glissière du Toyota est grande ouverte. Les premiers voyageurs arrivés s’asseyent sur les sièges libres. Quand tous les sièges sont occupés, le client d’après se choisit un siège et un type ou une bonne femme et s’assoit carrément sur les genoux de la dite personne. Et ainsi de suite. Par la suite, vous avez deux à trois couches de personnes sur le même siège, le plus gros (ou grosse) se mettant tout en bas, au « rez-de-chaussée » du monticule humain.

Un jour, j’ai vu et, compté, descendre d’un de ces Toyota quarante neuf personnes.

Ces Toyota doivent avoir des ressorts faits dans un métal inventé pour l’Afrique. Alors, si vous télescopez deux de « ma Toyota » à cent kilomètres /heure, seulement, çà nous fait nos quatre vingt quatre morts et en plus, quatorze agonisants.

Ma conclusion est que le journal a alors été vérifié avant sa parution, et je retire mon objection.

D’ailleurs, dans un autobus (de taille normale) de Nairobi, il était écrit le nombre de passagers, dont voilà le bilan : debout : cent huit personnes, assis : vingt huit personnes. Soit, un peu plus du double de cinquante deux personnes admises dans les cars d’Europe.

En Ukraine, ces mini-bus transportent un peu moins de monde et les conducteurs sont beaucoup plus prudents. Sur aucun d’entre eux, vous ne verrez cette inscription que j’ai vue sur un camion, pour transport de personnes au Sénégal : « S’en fout, la mort ».

Ils ne sont pas fous en Ukraine. Sauf qu’en lieu de l’équipement de secours, ils mettent souvent à la place, des icônes orthodoxes. Çà ne remplace pas beaucoup les pansements, mais Lazare pourrait dire deux mots et arrêter les hémorragies, en pensée, si vous avez la foi. Sinon, vous constatez vite, impuissant que le kit de secours a été enlevé, et vous déchirez votre chemise pour faire un pansement. 

Pour aller plein sud, vers les plages du sud, de Simféropol à Sevastopol (c’est le même Sébastopol que vous connaissez, celui de Napoléon, mais comme le « B » se prononce « V » en russe, alors, autant l’écrire comme l’original), on peut prendre un mini-bus « de luxe » où il n’y a que des places assises, pas de surcharges et l’assurance de faire les quatre vingt dix kilomètres assis.

Des bus identiques peuvent vous déposer à Yalta, distante aussi de quatre vingt dix kilomètres, mais située au sud-est.

C’est aussi sur la côte, et est une des plages les plus prisées. Elle n’a rien à envier à Nice.

Allez, va pour Sevastopol. C’est un port à quatre vingt dix kilomètres de là, occupant la pointe sud de la Crimée.

 

 

 

 

Par nafredy
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Dimanche 24 janvier 2010 7 24 /01 /Jan /2010 13:50

Voici la première partie de mon livre sur l´ex-URSS.

Il était glissé parmi des articles de tous les jours.

Aeroport Tcheremetchevo                                                     Aéroport Tcheremetchevo, Moscou



CARNET DE ROUTE EN EX-URSS.  A TRAVERS LA REVOLUTION ORANGE.                                               

 

par  Fred NASFI

 

 INTRODUCTION :                                                            

Aujourd’hui, en 2006, voilà douze ans passés que le rideau de fer s’est complètement relevé, pour la majorité des pays de l’Europe de l’Est.

Tous les états européens du COMECOM, ceux du pacte de Varsovie, tous socialistes ou communistes depuis un demi-siècle pour les plus jeunes, ont retrouvé la liberté. Conscients, et jaloux de l’opulence de l’ouest capitaliste, tous ont évidemment, dans l’allégresse, et avec frénésie, massivement opté pour le capitalisme.

C’est l’Allemagne de l’est, si pompeusement appelée république démocratique d’Allemagne, qui ouvrit le bal dès 1989, avec la bénédiction de Gorbatchev évidemment. Dès lors il ne faisait aucun doute, que les autres pays communistes (malgré eux), allaient la suivre dans son sillage, sur le chemin de la démocratie.

C’est dire si le communisme, est un libre choix, ou une obligation sous contrainte. Les preuves de la deuxième option, on les trouve entre autres, dans la répression de la révolte hongroise en 1956, et dans celle du printemps de Prague de 1968.

En cette année 2006, voilà donc maintenant plus d’une douzaine d’années que ces états pratiquent le capitalisme, souvent sauvage, et doivent théoriquement nager dans le bonheur.

Mais au fait, comment vont-ils ? Comment la vie se passe-t-elle aujourd’hui dans ces pays, pour le commun des mortels ? Et si on allait y jeter un œil de plus près, pour nous rendre compte de la situation post-communiste?

Ayant été appelé à travailler dans certains de ces pays, j’en ai profité pour consigner mes observations dans des notes, le plus souvent journalières. Ce qui a donné un «carnet de route» sur la Russie, l’Ukraine et d’autres pays ex-communistes, hors de l’Union Européenne.

Car la Hongrie, la Tchéquie, la Slovaquie et la Pologne, qui appartiennent déjà à l’Union Européenne, se sont déjà presque intégrées à l’Europe. De plus, elles se sont suffisamment enrichies et démocratisées qu’elles ne font plus «tâche d’huile ». Qui plus est, elles sont si proches de l’ancienne Europe qu’elles n’étonnent plus, quand quelqu’un dit qu’il revient de Prague, de Bratislava ou de Cracovie. Les pays Baltes, eux, états membres dans la même «volée » que les premiers, restent encore légèrement «mystérieux », car ils sont loin de l’Europe.

Le carnet de route se présentera sous la forme d’un journal, étant donné que les notes ont été prises au jour le jour. Les observations, le plus souvent journalières ont été relevées et consignées dans l’ordinateur la nuit, ou aussi en fin de semaine, en cas de force majeure.

Selon les jours et l’inspiration du moment de rédaction, les observations sont livrées crues, telles quelles, non édulcorées. Pourtant parfois, le besoin de commenter l’évènement s’est fait sentir, et les observations sont alors, contées assorties d’une annotation, d’une pensée ou parfois même d’un raisonnement.

Il arriva même que certains constats aient fait naître en moi des élucubrations, retransmises telles quelles au lecteur, comme pour le prendre à témoin.

L’idée de ce récit m’est venue au cours de mon long séjour en Ukraine, en 2004, en plein dans le tumulte du mouvement de démocratisation du pays et de son refus de la tutelle russe. C’était d’abord, pour faire partager à mes proches, mon témoignage des évènements qui s’y passaient. Le plus important d’entre eux, n’était autre que la tenace révolution orange, qui a balayé toute l’Ukraine et, qui a amené au pouvoir, pour la première fois de l’histoire de ce pays, un président issu des suffrages démocratiquement exprimés, lors d’une deuxième élection, sans truquage électoral cette fois. Comme président, les urnes ont désigné Viktor Youchinko.

 

                                                                           CHAPITRE  I

 

L’UKRAINE.

Le séjour en Ukraine, qui s’est déroulé pendant l’année 2004-2005, s’est particulièrement passé dans trois grandes villes: Kiev, Odessa et Lviv.

La première comptant plus de 3 millions d’habitants, en est la capitale. La seconde comptant plus d’un million d’habitants en est la cinquième ville. Avec environ un million d’âmes, Lviv est la sixième grande ville du pays et est la capitale de l’ouest de l’Ukraine, plus ukrainienne, plus européenne, plus catholique car ayant été un ex-territoire polonais. 

L’année 2004 restera dans les annales de l’histoire de l’Ukraine.

Car c’est pendant ce temps que naquit là-bas la révolution orange. Cette révolution pacifiste, relayée par des rassemblements, des marches et des discours, qui inspirera d’autres nations. Elle survint au terme de la législature suprême et de la dictature de Léonid Koutchma. Celui-ci, ayant échoué à faire voter une loi lui permettant de briguer un troisième mandat présidentiel, propulsa dans la bataille électorale son «dauphin» Viktor Yanokovitch, soit son premier ministre, un russophile avéré.

Cette révolution empêcha la mainmise de la Russie sur l’Ukraine. La non élection du candidat de Moscou Yanokovitch, constitue un cinglant revers, infligé à la Russie qui s’en est mêlée, et plus particulièrement à son président, maître d’œuvre et de l’ouvrage.

Cette révolution empêcha la mainmise de la Russie sur l’Ukraine. La non élection du candidat de Moscou (Viktor Yanokovitch) constitue un cinglant revers, infligé à la Russie qui s’en est mêlée, et plus particulièrement à son président, maître d’œuvre et de l’ouvrage.

A telle enseigne qu’on pouvait lire sur les traits de son visage, les sentiments qu’il portait au nouveau président de l’Ukraine, lors de leur rencontre, à la commémoration de la libération du camp d’Auschwitz en décembre 2005, presque une année après. Ils se sont serrés la main et ont été s’asseoir, chacun à un bout de la rangée de chaises des officiels, sous l’objectif implacable d’un caméraman de la télévision polonaise, qui ne devait pas porter Poutin dans son cœur. Et il le montra ainsi, acerbe, à environ un milliard de téléspectateurs.

 

L’Ukraine est la réunion de deux entités assez différentes mais sensiblement égales en taille et en population.

Il y a en l’occurrence une partie Est, orthodoxe, russophone, russophile, collée à la Russie à l’est et s’étendant à l’ouest environ jusqu’au Dniepr, le plus grand fleuve d’Ukraine.

Cette région compte bon nombre de Russes, Russes dont l’effectif total est presque de 18% de la population ukrainienne. Cette dernière, elle, compte aujourd’hui quelques 50 millions d’habitants.

La deuxième région est la partie Ouest, faisant frontière avec la Pologne, la Slovaquie, la Hongrie, la Roumanie  et la Moldavie. Cette région comprend une majorité de catholiques et s’exprime en ukrainien, langue différente du russe. Il est à noter que là, certains villages ont une majorité d’habitants musulmans ou issus de tribus musulmanes. Ceux-ci sont les descendants de guerriers Turcs installés par les Ottomans pour assurer la colonisation de cette région.

La région ouest appartient à ce bloc de pays situés entre l’ouest, soit l’Union européenne d’aujourd’hui, et le bloc est, constitué essentiellement par la Biélorussie et la Russie.

Théâtre de nombreuses invasions et de convoitises, cette région occidentale d’Ukraine eut  une histoire féodale complètement différente de sa complémentaire orientale. Laquelle était  presque assimilée autrefois à la Russie, et donc sous domination des Tsars.

Cette Ukraine occidentale était même indépendante au XIIe siècle et, formait à elle seule, une entité parmi les nations de l’époque.

Mais,  elle n’était pas de taille à se battre contre les grands empires de l’époque qui envahissaient et annexaient les petites nations.

Mais vue sa situation géo-politique, son éloignement de Moscou (1500 km) et encore plus de St Petersbourg (2200 Km), l’Ukraine occidentale fut non pas annexée à la Russie de la grande Catherine, mais à l’empire austro-hongrois, plus proche. Elle tombera par la suite sous d’autres dominations. L’Ukraine orientale étant elle, déjà tombée sous la domination russe.

Ce qui fait que les Ukrainiens, qu’ils soient de l’est ou de l’ouest, étaient tous colonisés et sous domination étrangère.

Et leurs maîtres respectifs avait très peu de considération pour eux.

A la fin du XIXe siècle, à la traîne de bien de peuples, les Ukrainiens développent un ressentiment national, de même qu’une résistance à la russification forcée.

Mais, du fait de la naissance en Russie, de la révolution du prolétariat de 1905 à 1917, ce sentiment nationaliste ukrainien se confondra avec celui des Russes. Si bien que Trotski, Ukrainien, milite et dirige en Russie, en qualité de ministre, Russie qu’il considère comme son propre pays. Il y aura plus tard, dans le même cas, Khroutchev, aussi.

L’identité nationale, s’il en fût, ne renaîtra qu’en fin de XXe siècle, en 1991 quand les Ukrainiens se prononcent (forcés par Elsine) pour leur indépendance et pour leur séparation d’avec la Russie, sans tirer un seul coup de feu, bien évidemment, dans ce poker à quatre, se jouant dans le dos de Gorbatchev.

Cependant, le nationalisme naît et atteint son paroxysme, avec l’intervention de la Russie dans l’élection présidentielle pour favoriser un candidat pro-russe, en 2004.

Lviv est la capitale de cette région nord-ouest.

C’est la région des catholiques, héritage de la domination des Polonais il n’y a pas longtemps, mais surtout, avant eux, de la domination des Vénitiens au XV- XVI ième siècles.  

Cette région s’appelle la Galicia, exactement comme la pointe Nord-ouest aussi, de l’Espagne. Ou peut-être que Nord-ouest est dit « Galicia » dans une quelconque langue latine? Sinon, comment aurait-on cette similitude de nom exactement dans une même orientation d’un pays. Pour en faire une certitude, il nous reste à contrôler si le pays de Galles se trouve bien au Nord-ouest de l’Angleterre?

La Galicia, c’est donc aussi la région la moins riche d’Ukraine, comparativement parlant. Parce que la majorité des industries chimiques, pétrochimiques, métallurgiques, se trouvent dans la partie est, riveraine de la Russie.

La Galicia, c’est aussi la région où le nationalisme est le plus chevillé au corps, où les gens essaient de bannir le plus possible de mots russes de leur langage, vues que les langues ukrainienne et russe sont assez proches l’une de l’autre.

En plus, à un tournant crucial des élections présidentielles de cette année, qui se tiennent le 31 octobre 2004, la Galicia a son candidat, catholique pro-occidental et arborant la couleur orange et, l’est a aussi son candidat, orthodoxe, pro-russe, arborant la couleur bleue. Il est le super poids lourd, au propre comme au figuré, en politique. Du coup, inévitablement les deux régions vont s’étriper, se dire toutes leurs vérités y compris celles à inventer, chacune essayant d’imposer son candidat.

Et certains, assez nombreux dans la mouvance politique, vont jusqu’à parler de sécession si leur candidat ne l’emporte pas. Les enjeux sont tels que le candidat Youchinko a été victime d’une tentative d’empoisonnement à la dioxine, par la police de son plus important rival et premier ministre actuel.

Paradoxalement, le discours de sécession, si jamais leur candidat ne l’emportait pas, est plus prononcé par les gens de l’ouest que ceux de l’est.

Et comme ils sont les moins riches, cela arrangerait bien les affaires de l’est qui, lui aussi commence à parler de referendum pour une autonomie. Les gens de l’est ajoutant qu’ainsi, ils n’auraient pas à traîner des boulets aux pieds. Voilà ce qui se dit en ce moment.

De plus, l’ouest est carrément tourné vers l’ouest, c'est-à-dire vers l’Union Européenne et l’Euro, alors que l’est a l’aval de la Russie dont il courtise les faveurs ou, ne serait-ce pas l’inverse ?

Les gens de l’Est ne parlent que le Russe ou presque, ce qui irrite les gens de l’ouest, plus attachées à la culture ukrainienne. De plus, ils sont orthodoxes, comme leurs voisins Russes. Alors, tout ou presque, les oppose aux gens de l’ouest. 

Mais le candidat de l’ouest, Youchinko, ne veut pas d’une partition du pays, et essaie même de souder l’union, par des tournées et des discours dans les villes de l’ouest.

La population ukrainienne se concentre dans plusieurs villes comme les suivantes, classées par ordre de grandeur:

Kiev : c’est la capitale de l’Ukraine, située au nord sur un axe central, divisant l’Ukraine en deux, une partie orientale et une autre occidentale. C’est dans cette mégapole que se concentrent trois millions d’habitants. Kiev est un centre commercial mais aussi industriel. Elle héberge particulièrement l’industrie légère, mais surtout l’industrie aéronautique. Qui l’aurait cru, hein ? Savoir que les Ukrainiens ne savent pas planter correctement un clou, mais fabriquent des jets, des Migs qui plus est.

Kharkiv, à prononcer «Harkov» en aspirant le «H», située à l’est, non loin de la frontière russe, est la deuxième grande ville d’Ukraine. Elle compte un million et demi d’habitants, et est un centre industriel où l’on fabrique des machines et de l’industrie lourde.

Dnipropetrovsk sur le Dniepr, au sud-est, compte un million deux cent mille habitants. C’est un bassin industriel et, c’est le siège de la production de charbon. C’est aussi un centre pour la haute technologie, la «high-tec». Mais c’est principalement la ville des mineurs, des «gueules noires».

Donetsk, ville de un million cent mille habitants, est située au sud-est. C’est l’agglomération de la région riche en gisements miniers, particulièrement ceux  de charbon et de fer. C’est donc un centre métallurgique, où poussent des hauts-fourneaux et, où l’on fabrique donc, principalement l’acier et la fonte.

C’est la ville qui se rend tristement célèbre un an sur deux environ, par l’éboulement de ses mines et ses coups de grisous.

C’est donc aussi la ville par qui le scandale arrive, alignant ses centaines de mineurs morts chaque année.

C’est aussi la ville du premier ministre Viktor Yanokovitch, vainqueur aux élections truquées de novembre 2004, ville aux couleurs bleus du parti au pouvoir, soutenant ce candidat pro-russe, cultivant des idées de  sécession, vue la prospérité de la région.

Ces deux dernières villes et toute la région du reste, de langue russe, à population majoritairement russe et russophile aux bouts des ongles, éprouvent un dédain affiché à l’encontre de l’Ukraine de l’ouest.

Odessa, ville du sud, située sur la mer noire et non loin du delta du Danube, compte un peu plus d’un million d’habitants. C’est le plus grand port du pays. C’est aussi la ville des arsenaux et de la construction navale. C’est la plus grande base militaire sur la mer noire, et elle héberge les écoles et l’académie maritime.

C’est donc un nœud de communications ferroviaires et marines par où transitent toutes les marchandises exportées et importées. Le plus grand exportateur étant probablement la Turquie, pays voisin, juste sur l’autre rive de la mer Noire.

Odessa a une longue histoire. Elle fût souvent colonisée par diverses puissances. Pour ne retenir que son passé relativement récent, elle le fût par les Turcs et les Français.

Mais pour beaucoup, sa gloire, c’est d’avoir été le ferment de la révolution russe. Car c’est ici qu’a eu lieu la mutinerie du cuirassé Potenkine, si bien chanté par Jean Ferrat.  

Lviv ou Lvov (en polonais car la ville a appartenu à la Pologne). Située à l’ouest, c’est  la capitale de la Galicia. Elle compte un peu moins qu’un million d’habitants. C’est le siège entre autre de l’industrie électronique, de l’industrie automobile. Les usines Daewo (coréenne) et Mercedes ne sont pas loin. On y fait aussi le montage d’autobus.

Il y a là aussi, la production de pâte à papier et des industries alimentaires. C’est aussi un carrefour ferroviaire et routier.

Kherson, grande ville du sud-est.

Zaporizhzha, une grande ville aussi, mais de l’est.

Zhytomyr, grande ville du nord-ouest.

Rivne, grande ville du nord-ouest aussi.

Chernivtsi, grande ville du sud-ouest.

Poltava, grande ville du centre, située assez au nord du pays.

Luhans’k, grande ville de l’extrême nord-est.

Auxquelles il faut évidemment ajouter toutes les villes de Crimée, cette péninsule baignant dans la mer noire. Ses villes sont peuplées en outre de beaucoup de Russes et de Tartares. Parmi elles citons :

Simféropol,

Sévastopol (C’est la même Sébastopol que vous connaissez, car le «v » se prononce «b » en ukrainien).

Féodocia et évidemment Yalta, pour ne citer que celles-ci.

Et où sont les millions d’habitants manquants ? Dans les petits villages et bourgs de la campagne, pardi. Ils viennent à peine de sortir des zovkhozes  et des kholkozes, que les jeunes désertent sans vergogne.

L’Ukraine, c’était l’une des plus grandes républiques soviétiques de l’URSS. C’est un pays de 604000 Km2, donc plus grand que la France. Sur ce territoire vivent environ cinquante millions d’habitants seulement, puisqu’on m’affirme que dix millions l’ont quitté, et vivent maintenant à l’étranger.

C’est vrai que des Ukrainiennes, on en voit un peu dans tous les pays d’Europe.

Et tout ce petit monde, celui resté en Ukraine, vit maintenant, surtout dans les villes, dont certaines se sont démesurément agrandies, plus par un exode rural que par l’arrivée d’un énorme et lointain flux migratoire. Parmi de telles villes, on peut citer Kiev, Lviv, Kharkiv, Dnipropetrovsk, Odessa et Ivano Franko entre autres.

 

Samedi 01 Mai.

 

C’est le jour de mon arrivée en Ukraine par la voie aérienne.

Je fais donc mon entrée à l’aéroport Borispol de Kiev, ce samedi 1ier Mai 2004, à 15 heures 40.

Un soleil timide de printemps s’efforce de percer un stratus blanc cet après-midi, à l’aéroport de Kiev. Le temps est aussi agréable qu’à Budapest, où j’ai embarqué sur un airbus de la Malev, la compagnie hongroise qui relie les pays de l’est à ceux de l’ouest.

Du tarmac, on voit flotter fièrement sur les édifices, le drapeau ukrainien formé de la juxtaposition de deux carrés d’étoffe, l’un bleu clair l’autre jaune canari. On le saura maintenant que le bleu (turquoise ou pétrole) et le jaune sont les couleurs ukrainiennes, rappelant un peu les couleurs suédoises.

L’aéroport Borispol de Kiev semble pimpant rénové et, très présentable. Les façades des bâtiments sont ravalées, le crépi est blanc immaculé et, la boiserie bleue, sent la peinture fraîche.

La police, dont les effectifs sont pour la plupart, des jeunes filles attractives et élégantes dans un uniforme bleu clair et blanc très seyant, vous accueille avec beaucoup d’égards.

Ces belles créatures ne vous retiennent pas trop à leurs guichets, juste le temps de vérifier votre visa et votre trombine. Au fait, ce passage est certainement plus rapide depuis l’été 2005, date qui a vu la suppression des visas. C’est le signe de l’ouverture vers l’ouest, voulue par le nouveau président Youchinko.

Puis vient le contrôle de douane. Vous passez alors entre les mains d’autres jeunes filles, un peu plus terne à mon sens, peut-être à cause de leurs uniformes plus austères. Une vareuse de drap bleu sur une chemise boutonnée, avec cravate, fait beaucoup plus sérieux. Ces dames vous demandent combien vous transportez d’argent liquide, en devises s’entend. Evidemment, il est interdit d’introduire dans le pays leur monnaie nationale.

Lors de sa séparation de l’URSS, l’Ukraine a renoncé à la rouble et a adopté une monnaie nationale qui fut baptisée la « grivnia ». Mais pour la subdivision de la grivnia on a gardé le même nom d’avant pour le centième, soit le kopec, qui est toujours la subdivision de la rouble, évidemment.

Après avoir récupéré vos bagages, vous voilà dans le couloir de sortie. Là, une nuée de personnes agite des ardoises ou des écriteaux portant le nom d’un visiteur étranger. Ce sont les envoyés d’agences ou de correspondants dans le pays, venus chercher un client qu’ils ne connaissent que de nom, évidemment.

Tiens, voilà que je vois le mien sur une feuille blanche agitée par une espèce de grand tournesol.

C’est mon guide. Je me dirige vers elle et me présente. Elle, c’est Natacha, grande fille habillée d’un pantalon et d’une veste verts. Elle a les pommettes et la mâchoire saillantes. Elle est anguleuse, maigre, à la limite de l’anorexique, avec une petite tête entourée d’une abondante chevelure jaune-orange, qui me rappelle un tournesol. Qu’elle me pardonne pour cette comparaison, mais sur l’instant c’est vraiment la vision que j’avais d’elle.

Elle s’occupe d’une de mes valises et nous fonçons vers le hall de l’aéroport, en nous frayant un passage parmi une foule de gens sédentaires, et non nouvellement arrivées, tous des hommes, pas une seule femme. Peut-être attendent-ils un passager ?

Malgré la présence de Natacha à mes côtés, certains me proposent dans un murmure à l’oreille, un taxi, d’autres me proposent un hôtel, d’autres enfin, du change.

Au dessus d’un box en face, on voit même une grande enseigne : « Taxi Natali » et à l’intérieur une femme qui braille : taxi, taxi…

Pourquoi les responsables ou les chauffeurs de taxi n’attendent pas gentiment dehors au volant de leur taxi comme partout ailleurs ?

Parce qu’ils n’ont pas de compteurs et allèchent le client par des prix allant du simple au quadruple. Et ainsi, ils cachent la présence des taxis collectifs, mini-bus d’une dizaine de places, très bon marché, fréquents, disciplinés et organisés.

Natacha me mène à un bureau officiel de change où j’acquiers un paquet de grivnias.

Puis nous sortons et nous dirigeons vers un taxi qu’elle a déjà retenu et dont elle a négocié le prix au plus juste.

Nous embarquons dans une Volga, et le chauffeur prend vite l’autoroute reliant Borispol à Kiev, qui n’est pas la porte à côté. Le trajet dure environ cinquante minutes.

Nous entrons dans Kiev et Natacha me désigne au loin le quartier où elle habite avec sa tante, un deux pièces dont la tante est propriétaire.

Bien loin du centre ville, de l’autre coté des deux bras du Dniepr s’élève l’hôtel Bratislava. C’était l’hôtel de classe où descendaient les gens du parti, venus en congrès à Kiev. Aujourd’hui, il demeure propre, correct et à prix abordable, soit soixante dix euros, comparé à la dizaine de nouveaux hôtels nés à l’ère du capitalisme et qui demandent au-delà de cent euros la nuit. La palme revient à l’hôtel Kiev, le plus chic, tout en verre et se dressant pas loin de la place de l’indépendance et du parlement, et où une nuit vous reviendra à quatre cents euros environ. 

Le taxi nous débarque au Bratislava Hôtel, haute et imposante bâtisse des années 1960.

Là, je prends possession de ma clé et nous nous faisons propulser par un ascenseur puissant au 7 ième étage. Nous nous débarrassons des bagages et rejoignons le bar, pour y boire des rafraîchissements.

Devant nos verres, Natacha n’arrête pas de causer. Elle disserte pendant bien plus d’une bonne heure, pour me donner le maximum de renseignements sur le pays, de même que des conseils pratiques. J’apprécie énormément son dévouement.

J’ai plié deux cents grivnias (quarante dollars environ) et les mis dans sa main quand elle m’apprit que son salaire mensuel, conforme à celui de la majorité des citoyens, était de cinquante dollars. Elle m’apprit alors mon premier mot de russe : «spassiba» qui veut dire merci.

Alors, elle s’est proposée pour d’autres services : visite de la ville, achats, traduction, escorte au restaurant ou autre.

Je l’ai congédié par deux bises sur les joues, lui disant que je l’appellerai au téléphone si j’avais besoin d’elle. Là, elle m’apprit mon deuxième mot de russe : «dosvidania» qui veut dire au revoir.

Je pris une douche et décidai d’aller faire un tour en ville. Dédaignant les taxis qui me proposaient leurs services, j’ai traversé un petit parc et je rejoins la station de métro. Le parc regorgeait de monde, on était samedi, pardi. Les gens étaient en groupe de deux ou trois debout ou assis selon qu’il y avait des bancs, devant un sac de bières, chacun cramponné à sa grande canette. Ainsi, la cuite ne peut que leur revenir bon marché.

Au guichet du métro, je m’acquittai pour cinquante kopecs (environ huit centimes d’€) d’un jeton en plastique qui m’ouvrit un portillon automatique.

Une rame de wagons déglingués, aux cloisons consolidées par des panneaux publicitaires, fit son entrée en gare. Je la pris comme la centaine d’Ukrainiens qui l’attendaient.

Vue la vitesse vertigineuse du « métropolitan » c’est ainsi qu’on désigne le métro en ukrainien et en russe, le trajet jusqu’au centre ne dura pas plus de quinze minutes.

Comme il était au-delà de dix huit heures, les rues étaient bondées de gens.

C’était l’heure de sortie des bureaux, des chantiers et des usines, l’heure où la liberté est restituée aux esclaves de l’emploi. Mais comme on était samedi, et en plus, un premier Mai, j’imagine que les gens ont congé aujourd’hui.

Certaines gens pressées avançaient à pas rapides vers leur foyer ou quelque autre destination, d’autres insoucieuses du temps, flânaient sur les trottoirs, freinant la progression des premières. Les gens, jeunes pour la plupart sont bien habillées, souvent très élégantes voire très raffinées, surtout les femmes, exhibant la dernière mode vestimentaire.

Les terrasses des cafés étaient combles, laissant penser à une aisance financière des gens.

J’entrai dans une grande librairie et achetai un plan de la ville et le plan du métro, le tout en écriture latine et non cyrillique que je ne connaissais pas.

Il fallait bien que je m’y reconnaisse dans cette ville étrangère, d’autant que tout est écrit en cyrillique, y compris et surtout dans le métro que j’étais appelé à emprunter tous les jours.

Autant dire qu’on n’est pas en Europe mais en Asie. Cela me rappelle la fois où j’étais à Colombo, au Sri Lanka. Là aussi, j’étais complètement largué devant les écriteaux écrits en indou (probablement, car l’écriture rappelle celle qu’on voit en Inde), où, l’assemblage des lettres m’a donné l’impression d’être devant un tableau impressionniste montrant une rangée de petites fesses. 

Mes achats sous le bras, j’investis un coin  de terrasse de café, et m’installais pour boire une boisson rafraîchissante.

Tout en sirotant ma bière, j’étudiais tour à tour le plan de ville et la foule qui déambulait sur le trottoir avoisinant.

Je quittais les lieux vers vingt heures. Je me fondis dans la foule à la recherche d’un restaurant attrayant.

J’en trouvais un quelques pâtés de maisons plus loin, avec une belle terrasse, de belles serveuses en costumes traditionnels et une clientèle assez select.

Je m’assis dans le « carré » d’une serveuse qui parlait allemand et fit honneur au « grill » et à la cave du restaurant.

Vers vingt deux heures, j’allais terminer la soirée dans un « pub » avant de rejoindre mon hôtel. Je rentrais en métro, sans demander le moindre renseignement à quiconque, grâce à l’étude du plan de métro.

 

 

Dimanche 02 Mai.

 

Un beau soleil de mi-printemps, à peine assez tiède, irradie ce matin la ville de Kiev.

Un dimanche, même dans un pays communiste ou ex-communiste, les gens sortent et pavoisent en ville, habillés de leurs plus beaux atours.

Au centre ville, les rues sont confortablement larges, les édifices imposants, le style post-révolutionnaire russe. Les commerces sont nombreux, surtout les bistrots et les restaurants.

Les trottoirs sont assez larges et propres.

Les rues sont bordées par d’imposantes demeures de style. Le promeneur côtoie à loisir tout un défilé de belles façades, de l’époque de la fin du 19ième ou du début du 20 ième siècle pour la plupart, comme le signalent ces dates de 1880, 1898, 1909 etc., inscrites sur le fronton de certaines maisons.

Dès qu’on s’éloigne du centre, l’habitat se délabre et prend un autre aspect, sinistre.

Toutes les maisons ne sont pas en bon état, et finalement, peu sont bien entretenues.

Beaucoup de maisons tombent en ruines, habitées telles quelles ou aussi abandonnées.

Celles dont l’état est trop critique sont entourées d’un parapet pour que le piéton les évite. Pour certaines, on a pris des précautions supplémentaires, c'est-à-dire que pour ne pas que les passants risquent de les prendre sur le paletot, elles sont enveloppées dans des filets (comme ceux des protections des récoltes). Ainsi, le passant ne recevra pas une pierre, mais tout un pan de mur sur la tête, quand, ou si un mur venait à céder.

Là, d’autres maisons sont retenues par des étançons, c'est-à-dire des troncs d’arbre difformes.

J’appris que des nouveaux riches achètent aujourd’hui ces vieux immeubles et maisons et les rénovent, parfois avec des goûts criards, spéculant sur les prix et les loyers.

Les édifices qui retiennent tout de suite l’attention sont les églises et autres anciens lieux de culte. Ils attirent l’attention par leur taille d’abord, leur couleur ensuite, leur forme enfin.

Ce sont des églises qui rappellent celles orthodoxes des pays de l’est. Et nous sommes en plein dans l’est. Leur dôme est particulier, pas rond mais à facettes et, de couleur dorée, hissant vers les cieux une croix dorée aussi. Leurs couleurs sont pastels et sont souvent dans les tons bleu pâle et blanc ou jaune.

Mais, tout ce qui brille n’est pas forcément de l’or (proverbe suédois, à ma connaissance).

Dorées extérieurement, délabrées intérieurement, telles sont certaines églises à Kiev. Elles sont très jolies de l’extérieur, mais assez décevantes à l’intérieur. On se garderait de généraliser quand même.

Ceci dit, il y en a quand même de très jolies, aussi bien extérieurement qu’intérieurement, recelant des tableaux anciens, de belles peintures et de jolis vitraux. C’est surtout le cas des églises vieilles, d’au moins trois à quatre siècles.

 

Lundi 03 Mai.

 

Une nouvelle semaine commence, donc le travail aussi. Alors, je me suis rendu aux bureaux de mon entreprise.

Passé le week-end, il fallait bien que j’établisse le contact avec l’entreprise avec laquelle je travaille. Celle-ci s’est installée dans le centre ville, dans un immeuble de quatre étages, assez avenant, datant des années 1970 environ. Quatre étages sans ascenseur, demandent du souffle pour les gravir.

L’entrée de l’immeuble est propre et spacieuse avec beaucoup de plaques en cuivre donnant les raisons sociales des entreprises locataires. Nos locaux sont heureusement au troisième étage, ce qui nécessite quand même une petite gymnastique, matin et après-midi.

Après m’avoir chaleureusement reçu, Vadim, le responsable de l’entreprise me fait la présentation de son personnel.

Juste à l’entrée, dans un coin du hall, une femme parcourt des yeux l’écran de son ordinateur, placé à côté d’un petit standard téléphonique. C’est Gallina, la standardiste. Dans le premier bureau, il y a un homme, Dimitri, grand blond, joufflu et dodu, et Olga, une petite femme blonde à lunettes.

Au centre, Vadim occupe lui, le deuxième bureau. Il s’agit en fait d’un débarras sans fenêtre qui a du être un grand placard auparavant, chez les précédents locataires.

Le troisième bureau sera le mien.

Dans le quatrième bureau, assez exiguë, juste à côté du mien, trois filles attablées chacune à un bureau, avec un téléphone et un ordinateur, s’affairent avec des dossiers et de la paperasse.

Elles s’appellent respectivement, Bilyana, Svetlana et Rouslana.

Puis, vient pour moi l’étape de la prise de possession de mon bureau et mon installation. Le bureau qu’on m’attribue est une petite pièce de trois mètres sur trois environ, avec une fenêtre donnant sur la cour. Le fond de la pièce est occupé par des tablards formant étagères, pour le rangement des classeurs. Sur la droite, une armoire métallique fermant à clé sert à ranger les dossiers.

Un bureau assez large en bois, recouvert de verre trône au milieu de la pièce. Dessus, des «outils» d’écriture, un téléphone et un ordinateur sont tout de suite visibles sur ce bureau.

Là, je note la gentille attention du chef du bureau qui a bien fait les choses.

Au lieu d’encombrer un bureau et très peu un autre, j’ai suggéré au responsable de mettre une des filles dans mon bureau. Il m’a demandé : «laquelle d’entre elles voudrais-tu à tes côtés?». Mais n’importe laquelle, pourvu qu’on soit deux dans chaque bureau ai-je répondu. Alors, il m’a adjoint Rouslana car elle parle couramment anglais et allemand. Consultée, Rouslana dit qu’elle est ravie de déménager dans mon bureau.

S’en suit alors un branle-bas infernal, à déplacer des chaises pour faire passer la table, l’ordinateur, les cables et un monticule de papier. 

Après son déménagement dans mon bureau, aidée des autres filles, Rouslana pose un paquet de dossiers sur ma table.

C’est une documentation en anglais sur les affaires que l’on doit traiter.

- Je reviens donc à mon bureau, me dit Rouslana.

C’est là qu’elle travaillait en effet, mais ils ont voulu me donner un bureau à moi tout seul, pour faire plus intime et plus pompeux. Ils ont alors déplacé Rouslana.

- Chassez le naturel, il revient au galop, dit-on chez nous, lui dis-je. Alors, bienvenue quand même chez toi, Rouslana.

- J’espère que je ne vous gênerais pas trop, dit-elle.

- Au contraire, lui dis-je, cela va être un plaisir d’être à vos côtés.

Et chacun s’en va vaquer à ses occupations.

Je me plonge dans l’étude de me dossiers.

J’en extraie les plus urgents et les étudie en détails.

A treize heures, Vadim m’invite à déjeuner. Il m’emmène dans un restaurant simple, mais assez sympathique où la clientèle est constituée probablement de jeunes cadres. C’est peut-être eux qui ont changé les vocations culinaires du restaurant, car ici, il n’y a pas de mets ukrainiens. Par contre, hamburgers, steacks-frites, pizzas et spaghettis bolognaises se disputent la surface de la carte du restaurant.

J’offre le café et le pousse-café et nous reprenons le chemin de l’officine.

Le travail reprend par la suite et nous quittons le bureau vers dix huit heures, chacun filant dans une direction, avec, comme le feu au train.

 

Mardi 04 Mai.

 

Les gens sont bardés de diplômes mais ne trouvent pas d’emploi. Alors, pour vivre, ils acceptent n’importe quel travail.

D’ailleurs, toutes nos secrétaires, quatre en ce moment ne sont pas des « bécasses » comme on en trouve souvent dans les bureaux, ailleurs qu’ici. Ces demoiselles sont dans l’ordre :

- Gallina, titulaire d’une maîtrise en histoire.

- Rouslana, titulaire d’une maîtrise d’anglais.

- Bilyana, titulaire d’une maîtrise en lettres.

- Olga, avocate inscrite au barreau de Kiev.

- Svetlana, ayant une maîtrise en droit. 

Quant à Vadim, le fondateur de cette entreprise, il est lui, diplômé en sciences politiques de la faculté de Moscou. N’oublions pas qu’il n’y a pas longtemps encore, l’Ukraine, c’était l’URSS et sa capitale était Moscou. Avec ce type de diplôme, nul n’a voulu l’engager. Alors, il s’est creusé les méninges et a fondé cette entreprise.

De même Méroslav, cet homme sympathique que j’ai connu et qui est ingénieur en génie électrique. Il n’arrive pas à trouver un emploi dans sa branche, alors, il travaille comme chauffeur de taxi. Ou cette femme ingénieur en génie civil, obligée de faire des petits boulots, ou encore Gallina, cette licenciée en histoire, faisant des menus travaux de téléphoniste chez Vadim.

L’effondrement du communisme a aussi amené l’effondrement du marché du travail, où,  pour économiser sur les coûts de production, on emploie un ingénieur à la place de cinq. Encore faut-il qu’il y ait production, puisqu’une énorme partie de l’industrie a fermé ses portes.

A la chute du communisme, environ 80 à 90% des usines et des entreprises de l’état ont fermé leurs portes et ont donc, licencié leurs personnels. Cette frange d’employés mis à la rue représentait plus de 50% de la population active.

Les gens ont du alors se recycler ou occuper des petits boulots.

D’autres ont démissionné d’eux-mêmes, car au passage au capitalisme, leur salaire a considérablement diminué.

Comme cette femme géologue qui habitait à une vingtaine de kilomètres de kiev. Elle m’expliquait qu’une fois les frais de transport payés, il lui restait à peine de quoi se payer des sandwiches en ville. Alors, comme elle était propriétaire de sa maison de campagne, elle ne bouge plus de son bourg et cultive dans son jardin des légumes qu’elle revend au marché. C’est là que j’ai fait sa connaissance, intrigué de voir une maraîchère  parler un bon anglais dans un bled perdu d’Ukraine. La dame avait fait des années d’université, écrit des articles en anglais et assisté à des symposiums à l’étranger. Alors que tout le monde, moi en premier, la prenait pour une marchande de radis !

 

Mercredi 05 Mai.

 

Tout est écrit en cyrillique, même la majorité des cartes des restaurants. Il faut bien essayer de comprendre ce que disent ces caractères, ou même, pourquoi pas, essayer d’apprendre la langue, puisque j’ai l’intention de séjourner longuement ici.

Alors, aux filles du bureau, j’ai fait part de mes intentions d’apprendre la langue du pays. Elles ont été ravies de l’apprendre, disant que c’était une très bonne forme d’intégration.

Et, à brûle-pourpoint, Svetlana, la maîtrisarde en droit, me demande :

- «Tu aimerais apprendre quelle langue, l’ukrainien ou le russe? ».

Alors, grande gueule et la prenant pour une demeurée, je lui réponds :

- « Quelle question ? L’ukrainien, pardi, on est en Ukraine que je saches, non ?

- Oui mais, c’est qu’à Kiev, environ les trois quarts des gens parlent russe, et l’autre quart l’ukrainien.

- Et vous, vous parlez quelle langue ?

- Bilyana et moi, nous parlons les deux langues, mais Rouslana et Olga ne parlent que le russe. Mais elles comprennent l’ukrainien.

- Comment se fait-il, demandais-je ?

- Bilyana et moi sommes ukrainiennes, et Olga et Rouslana sont russes. En Ukraine, les habitants de l’est, soit environ un quart de la population, sont russes ou d’origine russe et, on parle le russe dans l’est mais aussi à Kiev. Mais nous Ukrainiennes, apprenons notre langue maternelle d’abord et le russe à l’école par la suite, puisque les cours se font partout en russe. Depuis quatre ou cinq ans, on commence à enseigner l’ukrainien à l’école.

- Alors, dans la rue, quelle langue me parle-t-on ?

- A coup sûr le russe.

- Mais alors, quelle langue dois-je apprendre ?

- Les deux me dit Svetlana en riant.

Me voilà donc devant un dilemme, et une tâche ardue en tout cas. Heureusement que les deux langues s’écrivent à l’aide des mêmes caractères.

 

Jeudi 06 Mai.

 

Aujourd’hui a lieu mon déménagement de l’hôtel. Mon entreprise m’a trouvé un appartement de deux grandes pièces, pas très loin des berges du Dniepr.

- Le bail a été signé, alors il faut que tu arrêtes au plus vite de dépenser de l’argent en frais d’hôtel, me dit Vadim. Et pour le déménagement, tu économiserais encore de l’argent en prenant ma voiture au lieu d’un taxi, rajoute-t-il en me tendant les clés de son Audi A4.

- Mais je ne connais pas la ville pour y circuler en voiture. De plus, ne connaissant pas l’adresse de mon appartement, je vais mettre des heures pour la trouver, objecte-je.

- Alors, c’est Dimitri qui va te conduire répond-il.

Sur ce, il va voir Dimitri, lui donne les clés de sa voiture, mon contrat de bail et lui explique où se trouve l’appartement.

Et nous voilà partis dans la voiture du chef, conduite par le collègue Dimitri qui fonce vers l’hôtel Bratislava pour aller chercher mes affaires. Arrivés devant l’hôtel, Dimitri me demande si j’ai besoin d’aide.

- Bien sûr, je réponds.

Alors, il quitte à regret son siège pour me suivre. Pour lui faire faire des exercices physiques, je lui donne la plus grosse valise. Ce n’est pas une corvée puisqu’elle roule sur roulettes.

Mon nouvel appartement se trouve dans un grand locatif situé dans une rue dont le nom nécessite presque la moitié d’une ligne pour son écriture, tant il comporte de syllabes : c’est la Ylista Naberezhnokreshatizkaya. La rue est parallèle à une grande avenue, artère principale longeant le Dniepr.

C’est un immeuble de dix ou onze étages, gris-vert qui aurait besoin d’être ravalé.

L’extérieur de l’immeuble ne paie pas de mine. A coté de l’entrée, on a construit une petite baraque vitrée, semblable à une cabine téléphonique, faisant fonction de guérite où trône la concierge, en blouse bleue.

L’entrée de l’immeuble est fermée et, est gardée et commandée électriquement par la concierge, une vieille ivrogne à gueule de truie, toute rouge, toujours en train de s’envoyer un gorgeon de vodka. Tant et si bien que quand elle ouvre sa guérite, les rares fois où çà lui arrive, cent cinquante octanes d’alcool s’en échappent, son habitacle puant l’alcool à brûler. Malgré çà, elle est encore « bon pied bon œil », avec même, l’œil aux aguets et reconnaissant les locataires, pour leur ouvrir la porte immédiatement en appuyant sur le bouton électrique d’ouverture (les Suisses ne disent pas appuyer, mais « peser » sur un bouton, tant ils ont la notion du poids et de la pression d’un doigt ou d’une main sur un objet).

Le hall de l’immeuble est sinistre, ses murs sont gris, son sol est bétonné. Il est à peine éclairé par une ampoule nue d’à peine quelques watts. L’ascenseur est d’un autre âge, cabossé et sans peinture. A son plafond, une ampoule crue, vacillante au bout de ses fils nus, et de si faible puissance, qu’elle y répand plus une pénombre qu’une clarté. Le plancher est fait de vieilles planches disjointes. Les boutons de commande sont écornés et leur couleur ternie. Espérons que le bouton d’appel au secours fonctionne encore. L’ascenseur est poussif et lent, mais arrive en fin de compte à bon port.

Au palier du 8ième étage où j’habite, on change complètement de décor. Là, les murs sont tapissés de velours, le sol recouvert d’une moquette récente, la porte de l’ascenseur peinte, l’éclairage de néon bien intégré, les portes des appartements vernis et en bois massif. Le tout donne l’impression d’être dans une maison cossue, n’était le souvenir de l’intérieur délabré de l’ascenseur que je viens à peine de quitter.

L’appartement, par chance, n’a rien à voir avec l’aspect de l’immeuble. Là, la moquette est épaisse, les portes en bois verni, sont comme des meubles. La salle de bains, les toilettes, de même que la cuisine sont étincelantes, les meubles sont danois. Au fait, on se croirait vraiment dans un joli appartement du centre de Copenhague, et non en Ukraine.

Ceci n’est pas étonnant, car les gens ici se soucient surtout de soigner leur intérieur, et se fichent complètement de l’extérieur, où peuvent s’entreposer des détritus et déchets de toutes natures.

Car en effet, beaucoup de gens ont acheté un appartement dans un immeuble en ruine. Ils retapent et repeignent alors l’appartement et son entrée, et se soucient comme d’une guigne du reste de la maison, oubliant que si ils ne l’entretiennent pas, elle peut s’écrouler en emportant leur bel appartement. 

Nous entreposons Dimitri et moi, mes valises et mes sacs et reprenons l’ascenseur. Après avoir soufflé un peu, à cause de l’effort qu’il vient d’accomplir, Dimitri encore tout rouge, nous reconduit an bureau.

De retour au bureau, Svetlana vient me voir et me donne une petite liste, portant cinq noms et numéros de téléphone, d’étudiants en pharmacie prêts à me donner des cours de russe et d’ukrainien.

La veille, ne voulant pas impliquer mes collègues dans mes cours de russe, j’avais demandé à Svetlana de me trouver des étudiants susceptibles de me donner des cours. Et si possible, des étudiants en pharmacie étant pharmacien moi-même, ainsi je pourrais leur poser des questions relatives à la santé, aux médicaments et à l’hygiène, sans que cela me coûte un supplément. 

Je remercie Svetlana et m’en vais appeler immédiatement les candidats.

Il y a là les numéros de téléphone de Yarinia, Zoriana, Oléna et ceux de deux garçons, Roman et Orest.

J’appelle la première candidate. Contre cinq dollars de l’heure (mes collègues m’on dit de n’en offrir que trois), elle est prête à me donner des cours dans les deux langues, tous les jours si je veux, pourvu que ce soit après dix sept heures. Je n’aurais pas pu me libérer avant cette heure-là de toute façon. Yarinia et moi, nous nous donnons alors rendez-vous pour la fin de cet après-midi, et je fais donc abstraction des autres candidats. Pourquoi les déranger, puisque je viens probablement d’obtenir ce que je voulais.

A dix huit heures, je retrouve Yarinia dans un café de son choix. Notre signe de reconnaissance était que j’aurai un dictionnaire russe-anglais sur ma table et qu’elle porterait une casquette bleue avec l’inscription N.Y dessus.

On ne s’est pas raté. A peine étais-je installé à une table avec mon dictionnaire bien visible qu’elle se penche sur moi et me souhaite un bon soir. Par plaisanterie, je lui dis :

- Non, non, désolé, j’attends quelqu’un.

Pleine d’humour, un sourire aux lèvres, elle me lance:

- Et ce quelqu’un ne s’appelle-t-elle pas Yarinia?

- Très juste. Comment avez-vous deviné?

Puis nous voilà partis pour une petite rigolade.

On fait les présentations, puis on commande à boire.

Yarinia, c’est une grande sportive, blonde avec une queue de cheval, les joues rondes et empourprées, en tenue de jogging, les pieds dans des baskets, et non comme toutes ces petites jeunes en mini-jupe et chemisier ou T-shirt un quart (de longueur).

Après un coca pour elle et une bière pour moi, on décide de commencer les cours le jour même.

On se rend donc chez moi, d’autant que j’avais déjà acheté des cahiers et des dictionnaires russe et ukrainien.

Comme je viens d’emménager, je n’ai que mon adresse sur une feuille de papier et j’ignore comment on s’y rend par métro, étant revenu au bureau en voiture avec Dimitri.

Yarinia me montre le chemin à prendre par le métro, avec le nombre de stations et la description de la dernière station, celle où on doit descendre.

Chez moi, elle me fait écrire et réécrire tout l’alphabet cyrillique. Avant de partir, cette vache me donne encore des devoirs à faire pour le lendemain.

Me voilà donc une partie de la soirée à faire de la calligraphie, tirant la langue pour m’appliquer sur les lettres, comme un petit écolier qui essaie d’écrire, sans déraper des lignes de son cahier.

 

Vendredi 07 Mai.

 

Comme on venait de fêter il n’y a pas longtemps la fête du travail, j’ai demandé aux filles du bureau, comment s’était passé le premier Mai. J’avais en mémoire un souvenir du premier Mai de l’année 1980, à Leningrad.

On m’a fait un bref compte-rendu de la journée du premier Mai. Les filles sont championnes pour briefer tous les événements.

Du temps où le pays était socialiste soviétique, une telle journée était après le 17 octobre, la journée la plus célébrée, fête du travail oblige.

Cette année, le rituel aurait changé. Il y eut quelques décorations des places les plus importantes, et quelques drapeaux plantés au haut de certains édifices officiels. Sinon, rien de grandiose.

Au lieu de l’imposant défilé militaire annuel, il y a eu le passage d’une petite fanfare, plus pour exercer les majorettes que pour appeler les citoyens par le son du tambour.

Il y a eu quand même un rassemblement place de l’indépendance.

Les présents, dont la majorité arborait des décorations sur le devant de leurs vestes, étaient pour la plupart des nostalgiques du régime communiste disparu.

Sinon, comme le premier Mai tombait cette année un samedi, la plus grande majorité des travailleurs étaient de toute façon en congé hebdomadaire.

Les indépendants et les vendeurs de tous bords eux, travaillaient quand même, fête du travail ou pas, n’ayant aucune instance disposée à leur payer leur journée chômée.

 

Samedi 08 Mai.

 

Où trouve-t-on ces agences qui peuvent vous fournir des guides qui viennent vous chercher à l’aéroport, qui vous réservent des chambres d’hôtel, des tables de restaurants, des places de théâtre etc.?

Il existe de nos jours des entreprises qui s’occupent de vous trouver, de vous fournir dans l’heure même toute sorte de personnel ou de service occasionnel dont vous avez besoin, tels ces services de gardiennage, d’expédition comme DHL, et des entreprises de services dont, les services de guidages et d’escortes. Elles fonctionnent un peu comme ces agences de travail temporaire.

De telles agences spécialisées vous fournissent des « escortes » et autre personnel de service, jusqu’à proposer même les services de péripatéticiennes qu’on vous présentera sous forme déguisée de «mannequins », de guides ou «d’escortes ». Et les versions existent dans les deux sexes, peut-être bien même dans les « trois », un peu comme les options sur les automobiles.

Aujourd’hui, la spécialisation et la diversification touchent tous les domaines. Comme quoi, on n’arrête pas le progrès.

Et mon entreprise, très sérieuse apparemment, au lieu de demander ce genre de travail à ses employés (qui se verraient peut-être gênés ou avilis) a préféré avoir recours à une agence de guidage, neutre et indépendante, ce qui n’est pas du tout pour me déplaire.

Comme Yarinia me met la pression et insiste pour que j’apprenne mes leçons, je fais alors des progrès.

Dans les rues, j’arrive aujourd’hui à déchiffrer les enseignes et les écriteaux, maintenant que je connais la prononciation des différentes lettres cyrilliques. Mais le plus grand service que leur connaissance me rend, c’est de pouvoir lire (plus exactement épeler) le nom des stations de métro. Donc, je n’ai plus besoin de compter le nombre de stations pour descendre, ni de me repérer à l’aspect ou au décor des stations, pour savoir où je suis.

Grâce à Yarinia, l’apprentissage de l’alphabet se fait doucement mais sûrement.  

J’espère que j’abandonnerais bientôt le «body language», ce langage gestuel que les Ukrainiens utilisent assez souvent.

Ainsi, pour dire dans un magasin que l’on « regarde » seulement, on met l’index et le majeur devant ses yeux, cela veut dire « voir ».

En mettant ses deux bras en croix devant le ventre, on  veut dire : fermé

Les doigts des deux mains, joints en un triangle, forment un signe qui veut dire «maison », le «chez soi », chez toi aussi.

Si vous «vissez» votre index contre votre crâne, vous insinuez à votre interlocuteur qu’il est fou.

Ou alors, en mettant un poing sur la tête, on veut dire : fou.

L’index appuyé sur la carotide ou encore deux doigts sur la carotide veut dire « être saoul ».

L’index et le majeur écartés d’une main, croisés sur ceux de l’autre main, forment ainsi un carré qui veut dire «prison», ou aller en prison.

 

Dimanche 09 Mai.

 

Kiev bénéficie d’un réseau de communication desservant tous les endroits d’une ville tentaculaire. On affirme qu’il y vit trois millions de personnes, alors, forcément, il faut bien les acheminer à bon port, toutes ces personnes. Surtout du temps où Kiev était une des plus grandes villes de l’URSS, après Moscou.

A part la panoplie habituelle de bus, trams, et trolleybus, Kiev peut s’énorgueillir d’avoir un métro, et un pratique en plus. Les Russes construisaient solide à l’époque et voulaient égaler, sinon surpasser les occidentaux.

Ce métro dessert les quatre coins de la ville. Il a été construit sur des bases solides, puisqu’il circule à une profondeur que j’estime à cinquante mètres au dessous du sol.

C’est qu’il passe et repasse sous ces deux ou trois bras formés par le Dniepr à Kiev. Le Dniepr qui ménage là, au cœur de la ville, une immense île boisée, encore vierge de toute construction et, qui constitue une vraie zone verte, poumon de la ville, tant il est vrai qu’elle est entièrement recouverte par un petit bois, exempt encore de tout béton, toute asphalte, ou enseignes au néon.

Le Dniepr, vous ne le connaissez pas ? Vous en avez entendu parler ou l’avez-vous peut-être étudié en géographie ! Le Dniepr, et bien, c’est ce fleuve long de 2200 km qui vient de la région de Smolensk en Russie, qui traverse la Biélorussie, et entre en Ukraine, pour aller se jeter dans la mer noire, aux confins nord de la Crimée.

L’immobilier du métro, c'est-à-dire la construction en dur du métro est solide, avenant et décoré de fresques modernes.

Le métro est pratique, très bon marché et agréables à emprunter.

Pour accéder aux quais à partir des gares en surface du sol, un escalier roulant des plus robustes, de l’époque soviétique, plonge presque verticalement et ce, à vue de nez, à plus d’une cinquantaine de mètres de profondeur, tant cet escalier n’en finit pas de descendre, ou de monter, à telle enseigne que certains voyageurs trouvant le temps long s’assoient carrément sur les marches de l’escalier pendant la progression de ce dernier.

Mais la partie « mobilière » du métro, elle, laisse à désirer.

Les rames circulantes sont certainement, celles qui ont été inaugurées lors de la première mise en service du métro, vers l’an 1928 ou 1930. Elles sont alors, brinquebalantes, difformes, soudées et ressoudées à mille endroits, faisant un bruit de ferraille monstre et offrant un confort minimum.

Seules les poignées ont l’air d’avoir été remplacées récemment.

Le reste semble en tout cas être d’époque. Epoque soviétique, bien sûr.

Mais il est rapide comme l’éclair, pratique pour se déplacer en ville et arrive à bon port.

Il bénéficie d’un avantage de taille, son prix dérisoire. En effet, tant que vous y êtes et quelque soit votre itinéraire, il ne vous en coûtera que quelques kopecs (moins de dix centimes d’Euro). Malgré cela, les tourniquets libérant l’accès aux quais sont surveillés par des rombières et des pandores en uniformes, des fois qu’on aurait l’intention de juste les enjamber, comme beaucoup de resquilleurs le font à Paris.

 

Lundi 10 Mai.

 

Dans les couloirs menant aux guichets du métro, on observe de part et d’autre du couloir des  vendeuses à la sauvette, qui avec étalage et qui sans étalage. Dans les deux cas de figure, elles vendent de bien maigres biens.

- Ici, une vieille femme a pour étal un vieux journal sur lequel  quatre bottes de poireaux rachitiques comme des queues de souris, côtoient cinq petites bottes d’aneth et deux bottes de radis.

- Là, une marchande de quelques fleurs : quelques roses, quelques œillets, une fleur d’amaryllis.

- Les voisines vendent  des animaux. L’une vend les petits d’une portée de chatons de gouttière, l’autre vend des petits chiots qui dépassent leur tête d’une petite  corbeille en osier.

Mais la vente des fleurs est toujours omniprésente, témoins ces vendeuses de :

marguerites

fleurs de lin

d’oeillets

de narcisses

et d’iris.

Presque la quasi-totalité des marchandes sont des femmes. Les femmes sont sur toutes les places de travail. Il semblerait que leur contribution à la production du P.I.B soit beaucoup plus que majoritaire.

Quelques années se sont déjà écoulées après la fin de l’ère communiste. La privatisation et l’économie de marché vont bon train. En plus, le chômage incite à se doter de petits boulots.

Et la création des toutes petites PME, du genre petit commerce augmente de jour en jour.

D’où cette foison de marchands de tous bords à la recherche du moindre kopec.

 

Mardi 11 Mai.

 

Les immeubles rutilants, neufs, avec des façades toutes en verre, appartiennent souvent à des entreprises étrangères.

Les multinationales se sont déjà implantées à Kiev. France-télécom est là sous un autre nom bien sûr, Kiiebstar pour faire bien Ukrainien. Outre les grandes banques, comme Raiffeisen, et les grandes sociétés, Mac Donald et K.F.C. (Kentucky Fried Chicken, pour les non initiés) ont déjà pignons sur rue.

Le promeneur est inévitablement entraîné vers la place de l’indépendance pour admirer son jet d’eau et sa statue de la liberté juchée au haut d’une colonne.

A l’heure qu’il est, les musées ont du fermer leurs portes. La poste elle, reste ouverte tard dans la nuit.

Les restaurants, cantonnés presqu’à tous les coins de rue, ont des prix abordables quand on est étranger. Sinon, les Ukrainiens, et pas tous, se les permettent une ou deux fois le week-end.

Mais l’envie de vivre pleinement et de croquer la vie à belles dents se fait partout sentir.

Après une reconnaissance de plus d’une heure de promenade dans le centre, je me choisis un bistrot sur l’avenue, me glisse jusqu’au bar, en vue de me payer un apéritif, sous l’aspect d’une bière. J’apprécie le goût et la fraîcheur de la bière ukrainienne, tout en promenant mon regard sur l’assistance, jeune en majorité et qui fume sans arrêt.

Une heure et deux bières plus tard, je lève l’ancre à la recherche d’un bon restaurant.

Je n’ai que l’embarras du choix, alors jouant les difficiles, je choisis minutieusement mon restaurant.

Le soir, vers 22 heures, en semaine, restaurants et bistrots se dépeuplent complètement, au profit des lits, les gens recherchant un sommeil réparateur. Ne restent à traîner en majorité que les étrangers, souvent accompagnés d’escortes Ukrainiennes. Mais le week-end, beaucoup d’Ukrainiens s’autorisent des sorties aux restaurants et boites, et succombent au péché des dépenses.

Comme il était encore tôt, j’entrais dans un club pour y prendre un digestif et y noyer deux heures de temps. 

 

Mercredi 12 Mai.

 

En déambulant plus loin que la place de l’indépendance, on arrive sur un promontoire en forme d’amphithéâtre donnant une merveilleuse vue sur le Dniepr et le port en contre-bas.

Plus au sud, sur le même versant de cette colline s’élance une immense statue aux bras élevés, comme pour souhaiter la bienvenue aux voyageurs venant de l’est, puisqu’elle surplombe l’autoroute et un des ponts du Dniepr.

Si l’on pousse vers l’ouest, on arrive au quartier de l’université, quartier avec verdure, à habitat espacé et d’un charme particulier. 

J’ai déjeuné sur une belle terrasse, bien exposée, bien ensoleillée d’un restaurant chic. Les serveuses portaient un habit traditionnel rouge et orange avec beaucoup de dentelles blanches, costume traditionnel issu certainement d’une province lointaine du pays.

Après le repas, j’ai continué à flâner dans la ville, jusqu’à arriver dans un quartier assez populaire. Comme je n’allais pas retourner au bureau l’après-midi, je flemmardais.

Vers quinze heures, le soleil était brûlant, l’air chaud et sec. A coté d’un petit marché, il y avait un petit parc où trônait un kiosque entouré d’une terrasse. Je me suis installé à un coin de la terrasse de la buvette et commandais une bière. La buvette n’était autre qu’un petit kiosque en bois, comme il y en a des milliers en Ukraine. Une adolescente déguisée en servante faisait la navette entre le kiosque et les clients, chaque fois que l’un d’eux voulait boire quelque chose. 

Je combattais la chaleur à grandes gorgées de bière fraîche et admirais le paysage. Cela s’appelle «se royaumer» en Suisse.

 

Jeudi 13 Mai.

 

Derrière beaucoup d’immeubles, on aperçoit souvent des agglomérations de « contenairs » rouillés, mais alignés et disposés dans un bon ordre.

Ces baraques en tôle récupérée ne sont autres que des garages, abritant les automobiles de certains habitants des dits immeubles. A l’époque soviétique, date de la construction de ces immeubles, on construisait des HLM, conçus pour loger des ouvriers, communistes, donc sans voitures. Il était donc normal que l’on ne pense pas à leur construire des garages, en plus. Mais certains habitants des dits HLM se sont embourgeoisés et ont acheté une voiture. Comme le terrain ne leur appartient pas, ils ne pouvaient se construire un garage, en dur. Alors, ils se sont rabattus sur des constructions amovibles et bon marché, en l’occurrence, des « boites » en métal pour y garer leurs voitures. Seulement de loin, cela donne l’impression d’être face à un bidonville.

Ceci me rappelle la réponse d’Olof Palm, à la suite de l’échec de son parti social-démocrate suédois aux élections, qui a dit à peu près ceci, quand on l’interrogea sur les raisons de son échec : «Pourquoi avons-nous perdu les élections ? Nous avons pris des ouvriers et les avons enrichis à coups de lois sociales. Aujourd’hui, ils sont devenus des bourgeois, alors,  pour protéger leurs acquis, ils votent à droite.» 

 

Vendredi 14 Mai.

 

L’Ukraine, c’est un pays très vaste. C’est maintenant l’avant dernier bastion de la zone tampon entre la Russie et ses ex-pays satellites, situés à ses frontières ouest. Ceux-là sont, du nord au sud : la Pologne, la Biélorussie, la Hongrie, la Roumanie et la Moldavie.

L’Ukraine est bordée au sud par la mer noire, dans laquelle elle s’étend par une presqu’île qu’est la Crimée.

La Crimée qui est connue pour son vin, mais aussi par ses villes, par ordre de grandeur : Simferopol, Sébastopol et Yalta, Yalta qui abrita en 1945 la conférence tripartite des vainqueurs de la deuxième guerre mondiale. La Crimée, c’était la riviera des apparatchiks Russes. Aujourd’hui, c’est celle de la Mafia russe mais aussi, des Russes qui ont un compte en banque confortable.

Tout le monde a entendu parler de cette petite ville de Crimée, en l’occurrence Yalta, et beaucoup ignorent l’importance de Simferopol, pour ne retenir que Sébastopol. C’est vrai que celle-ci fut le théâtre d’une bataille et d’une victoire de Napoléon.

Et depuis plus d’un siècle maintenant, c’est le nom d’un des plus grands boulevards de Paris.

Mais ici il se prononce : Sévastopol, le B étant un V en russe. 

L’Ukraine, c’est un pays tout vert, même si dans le sud, il existe une petite langue de terre aride. Son climat est celui d’un pays assez septentrional avec des hivers longs et très froids, où les températures sont au dessous de zéro une bonne partie de l’année.

Le climat est différent au sud du pays où il fait doux, et où il fait un peu chaud, alors qu’au nord, on frissonne plus souvent qu’on ne transpire.

Au fait, si, même au nord on transpire en été, aussitôt que la température atteint 19 à 20 degrés, à cause du fort taux d’humidité, pas trop loin de 100 %.

Les terres sont fertiles et par endroits toutes noires d’où leur nom de « tchernosium », « tchorni » voulant dire noir en russe.

 

Samedi 15 Mai.

 

Les Ukrainiens sont de bons vivants, très souvent dehors malgré leur rude climat souvent en dessous de zéro degré. Ils fréquentent volontiers les bistrots, les bars et les restaurants, aimant certainement la bonne table, pour ne pas trop parler de chair, assez parcimonieuse quand même. Mais la chair, ils la compensent souvent par de la graisse de porc, coupée en petits dés, et frite comme des lardons qu’on met en salade. Sous cette forme, elle est digeste et même délicieuse.

Mais ils aiment tout autant, sinon plus, les breuvages, particulièrement la bière et la vodka dont la consommation doit quand même s’élever à des quantités de mètres cubes dépassant la capacité de retenue de leurs plus grands barrages.

Physiquement, l’Ukrainien est de taille et de corpulence moyennes.

Quant aux citadins, ils sont plutôt tout maigres, filiformes parfois, quand ils sont jeunes, pour donner des quadragénaires rondouillets, avec un ventre à bière à pousser devant soi. Çà vaut aussi pour les femmes, à part qu’elles, n’ont pas à pousser un ventre en «tonneau de bière », mais peut-être à traîner un lourd popotin. 

Ils sont peu musclés aussi. Cela m’étonnerait qu’ils aient du goût au travail corporel, de même qu’au sport du reste. Ils sont du genre « père peinard » qui n’aiment pas beaucoup les exercices, frisant la fainéantise, chez les hommes s’entend (parce que les femmes travaillent comme des bœufs).  

Ils sont généralement élégants et très bien habillés, chaussures cirées, luisantes même, et croisent néanmoins dans leurs rues des gens à habits élimés et parfois même rapiécés.

C’est un monde de contrastes quoi, entre les nantis et les laissés pour compte.

 

                                                                                         Nafredy

 

Par nafredy
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 23 janvier 2010 6 23 /01 /Jan /2010 18:22

Les Iles Féroés, sous domination danoise, Vous voyez où elles se situent ? Et bien, voilà leur carte.

I.Faroé



  On croyait les baleines à l´´abri des harpons des hommes, depuis qu´il y a le moratoire sur la chasse aux baleines, si on excepte la chasse pratiquée par le Japon (qui le fait dit-il pour des raisons scientifiques, alors que les Japonais raffolent de la viande de cétacé).

Pas du tout .

Aux Iles Féroés par exemple, les insulaires vivent depuis toujours de la pêche à la baleine et, une fois par an, ils chassent meme le dauphin bicéphale.

baleine pilote

 

 

C´est que  chez eux, il n´y a pas beaucoup de boeufs, et que le steak de baleine avec des pommes de terre est hautement apprécié.

steak baleine

 

Evidemment, ces deux types de peche énervent les écologistes, sans empecher le Féroegiens d´ áller "se nourrir" en mer.

partage baleine

 

 

La pollution chimique ayant atteint les poles depuis des décades, le gouvernment  danois (Colonisateur des iles Faroés) classe  en 2008 les baleines pilotes impropres à la consommation, etant entendu qu´elles sont très contaminées en contaminants notamment, en mercure, PCB et DDT.

Plus tôt, en 1997, une étude révèle que les Féroegiens sont également touchés par les contaminants cités plus haut.

Un écologiste habitant de l’archipel, Jan Egil Kristiansen, donne à Fluctuat.net, en photos et en mots, son témoignage sur la situation.

Je me permets de lui emprunter ses photos (ci-jointes) pour illustrer ses propos.

 

Baleine pil 2

Par nafredy
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 22 janvier 2010 5 22 /01 /Jan /2010 09:19

 

Décidement, l´homme est de nature opportuniste et magouilleur, ne recherchant que son propre profit.

Tous ces candidats à n´importe quelle élection, qui vous font les beaux yeux pour etre élus, pour ensuite ne chercher que leur propre interet.

Je ne viens pas de découvrir ce phénomène, je le connais depuis des lustres.

Ainsi, au parlement Européen, instance supreme de l´union de nations cherchant à etre la 2 ieme ou la 3 ieme force economiquedu monde se joue des intrigues pas croyables.

D´abord, certains ont pesé de leur poids pour reconduire Barroso dont plus de la 1/2 des députés ne veulent plus. Ensuite, on impose comme ministre des A.E, une anglaise pas convaincue elle meme (encore que les Anglais voulaient nous imposer T. Blair dont ils ne veulent plus, eux), et j´en passe.

Ensuite, on ecoute les candidats aux postes de commissionnaires, et là, recommence le jeu des batons dans les roues, particulierement celles de la Bulgare Rumiana Jeleva, qui, pas en odeur de sainteté, jette l´éponge.

Et qu´apprend-on après ? Que c´etait un complot orchestré par l´Estonien Siim Kallas, à en croire Martin Dillon de Europeen News du 18.01.2010.

D´ailleurs, je vous livre ci-dessous son article.


                                                                                                                                       Nafredy


THE PARVANOVA SYNDROME

Posted on January 18, 2010, 9:46 amAuthor : Martin Dillon 

 

 

There are startling developments surrounding the alleged conspiracy by Bulgarian socialists and former communists in Europe to destroy the candidacy of Rumiana Jeleva, who was in line to replace Bulgaria’s only E.U. Commissioner, Megelena Kuneva.

          It now being claimed in some quarters that the conspiracy began when the former Estonian president, Siim Kallas, one of the five vice–presidents of the European Commission, who was also a former member of the Communist Party of the Soviet Union, started the ball rolling by contacting the Bulgarian MEP, Antonia Parvanova. Those who say they know about the role played by Kallas also allege he had to be acting to please others, among them Bulgaria’s only incumbent Commissioner, Megelena Kuneva, who was angry when she learned she was to be replaced by the Bulgarian foreign minister, Rumiana Jeleva.

          The same sources claim Siim Kallas asked the Bulgarian MEP Antonia Parvanova to investigate Jeleva to see if she could find “any dirty linen in Jeleva’s closet” – anything in her personal or marital background that could be used to discredit her and thereby derail her candidacy. If that is true, Kallas chose Parvanova because of her familiarity with legal documents and because she could spread rumours about Jeleva with the assistance of fellow MEPs and pass them to the international media. In parts of the media, especially in Die Welt, Jeleva’s husband was portrayed as a member of the Mafia and Jeleva herself described as a “Mafia Bride” – accusations which were libelous.

It is also alleged that Siim Kallas’ had dealings with Parvanova in the days before the Brussels hearing, which coincided with Parvanova unearthing inaccurate information about Jeleva’s relationship to the company, Global Consult. If this turns out to be accurate, Kallas and Parvanova would have contravened EU laws. Parvanova, as a Bulgarian, investigating the private life of Rumiana Jeleva, who happened to be her country’s foreign minister, would have broken Bulgarian laws designed to protect the privacy of senior political figures. It has now transpired that the “documents” Parvanova presented at the Jeleva hearing had been fed to the Financial Times of Germany and other media outlets hours before the hearing.

If the Commission and the Bulgarian Justice Ministry decide to open an investigation into the conspiracy they could unearth a “paper trail” that will expose the origins and development of this conspiracy. It is up to journalists and the Commission to delve into the alleged Kallas-Parvanova connection. The Bulgarian government may ask its Justice Ministry to investigate the actions of Antonia Parvanova. Her role in what became a tawdry spectacle for the EU and Bulgaria could result in her own political downfall. Jeleva’s interrogation in Brussels was the result of a well planned conspiracy, which could become known in time as the “Parvanova Syndrome.” It is a conspiracy in which a female of one nation helps to destroy the career of a female fellow national without considering the fact that it will subject their nation and international institutions to ridicule. The “P. Syndrome” could also be defined as bitchiness, callousness and a willingness to do what is necessary to pervert the truth in the pursuit of the political destruction of a perceived competitor.

If Siim Kallas was a major player in the conspiracy one could understand why he did not use his own legal secretaries to investigate Jeleva. That would have left and obvious paper trail would have placed him front and center of the conspiracy and questions would have been asked in Brussels about his motivation. Using Parvanova as a tool would have been designed to hide his role and those on whose behalf he is now alleged to have acted.  If he is shown to have been a key player, the focus will shift to his motives because Rumiana Jeleva meant nothing to him personally. However, if the allegations are proved to be true, ideology and partisan E.U. politics may have meant everything to him.

Finally, could it really be that Mrs. Kuneva’s claim in 2006 that the iPod was bad for Bulgarian youth made her more suitable for the role of commissioner than Mrs. Jeleva?

 

 

 

 

 

 

  Email This Article to Your Friends

 

 

 

 

Tagged Keywords: Kallas, Jeleva, Kuneva, Parvanova

 


Par nafredy
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mercredi 20 janvier 2010 3 20 /01 /Jan /2010 10:35

Selon un quotidien parisien, l´ Ítalie de Berlusconi préconise de faire voter une loi limitant la diffusion sur la toile du Net. ALors qu´ínternet a libéré "le droit de la libre expression, en quelque sorte."

En substance, voilà ce qu´on peut lire dans le journal en question :

"La page d’accueil de Youtube, toute blanche, n’affiche que deux lignes de texte : « Nous n’avons pas encore l’autorisation de diffuser nos contenus dans votre pays. Repassez plus tard. »

Ceci serait pour le 27 janvier 2010, evidemment.

Le scénario pourrait être comique s’il relevait de la fiction. Mais l’Internet italien risque bien d’être sinistré la semaine prochaine, lorsque sera promulgué le décret dit « Romani » (PDF). Assimilant les sites Internet aux chaînes de télévision et de radio, le texte prévoit de soumettre à une autorisation ministérielle la diffusion de vidéos en ligne".

Ainsi, Mediaset (chaine de medias de Berlusconi) serait presque la seule à informer et distraire les Italiens.

Auquel cas, l´Italie précurseuse et innovatrice de Galilée, de Michel Ange, d´Avogadro, de Verdi,  de Fellini et de Pavarotti , pour ne citer que ceux-là, se ravalerait au rang de la Corée du Nord ou de la Chine, pour les beaux yeux de Mr Berlusconi.

Où va l´appat du gain, quand on est dejà multimillardaire, je vous le demande ?

Le meme personnage a déjà réformé la justice, pour la tailler à sa mesure et qu´elle ne l´inquiète pas, néanmoins quelques uns de ses procès sont quand meme en cours.

Comme on discute de l`Italie, Méditerranéenne celà va de soi, il ne m´a pas semblé voir dans les régions méditerranéennes, ce genre de palmier, à droite sur la photo, ci-dessous. Photo d´il y a quelques jours, malgré la charrette sur la photo.

J ´ái emprunté la photo à une blogueuse du nom de "Maedes" de Santa Fé, Argentine, et je l´en remercie ici d´ailleurs.

Le palmier rappelle  un peu le Washingtonia et cohabite avec des eucalyptus, vivant aussi dans le bassin méditerranéen. Alors, pourquoi qu´on n´a pas ce genre de palmier, nous ?

S.AM.Palm

Par nafredy
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Juin 2012
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30  
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés