Gare de Lviv, ouest de l´Ukraine.
Samedi 16 octobre 2004.
Aujourd’hui, c’est la veille du jour de match de foot-ball de coupe d’Europe, et qui opposera l’Ukraine à la Géorgie. La Géorgie, c’est le pays voisin, russophone comme l’Ukraine, et comme elle, ayant fait il n’y a pas très longtemps, partie intégrante de l’Union Soviétique. Comme elle, elle vient de faire la révolution des œillets, en se débarassant d’Edouard Chévarnadzé, pas despote, mais peu démocrate.
Dire si alors, il y a un terrible enjeu, et qui des deux anciennes républiques soviétiques, de la Géorgie ou de l’Ukraine, défera l’autre, du moins par équipes de foot-ball interposées. La Géorgie joue très bien et l’Ukraine est très inquiète de la rencontrer.
L’équipe de Géorgie est logée au centre ville, à l’hôtel, un luxueux quatre étoiles s’il vous plait.
C’est là que je viens prendre mes apéritifs le soir, et là que je déjeune, quand j’ai un invité de marque.
D’habitude, très peu de gens circulent dans le hall. Le bar de l’hôtel et le restaurant sont le plus souvent dépeuplés. Les clients qui fréquentent le lieu sont des gens aisées, bien sapées, des bourges, quoi. Je n’y ai jamais vu de putes. D’ailleurs, une fois que je traînais l’oreille, parce le quidam derrière moi parlait anglais, et demandais où il pouvait trouver des péripatéticiennes, la barmaid l’a envoyé ailleurs, au Split Casino, qui se trouve à un pâté de maisons de là, soit à l’angle de la prospekt Doroszenki. Pourquoi l’a-t-elle envoyé là-bas, c’est parce qu’ils n’avaient cette denrée à l’hôtel.
Notons au passage que comme par ironie du sort, le sida s’appelle « spid » en ukrainien, comme en russe. Donc pas loin de split, le nom de l’établissement qui fait surtout dans le nu et le streap-tease.
Ce soir, à l’heure de l’apéritif, l’hôtel qui, d’habitude est vide et calme vit une exubérance incroyable. C’est plein de jeunes hommes mal rasés, certains dans des survêtements, genre Adidas, et en basquettes. Et ces jeunes ne tiennent pas en place, ils n’arrêtent pas d’aller et venir. Ils ne font que tourner en rond, alors que leurs dirigeants, plus âgés, sont vautrés sur les canapés moelleux du hall.
Et dans cette agitation de ruche avant un orage, tout d’un coup, débarque dans le hall, un paquet de jeunes minettes en mini-mini-jupettes, surement péripatéticiennes de leur état, venues très certainement occuper les joueurs Gèorgiens.
En effet, elles ne se sont pas encore installées à une table, que voilà les jeunes hommes qui leur tombent dessus, comme des ours sur une ruche à miel.
Ils étaient désoeuvrés les pauvres, dans cet hôtel désert.
Sortant certainement d’une période d’intenses entrainements, rien qu’à courir derrière un ballon, là, ils tiennent absolument à changer de ballons, contre de plus petits évidemment sachant qu’ils gagnent assurément au change.
Fatigués de courir après le ballon, ils courent plutôt le jupon en ce moment.
Vite fait sur le gaz, des équipes se forment, des formations se défont, des filles changent de places pour se mettre à côté du jules de leur choix, des garçons prennent leur place et voilà que çà bouge tellement que le garçon n’arrive plus à prendre les commandes.
La formation finale des couples n’a pas pris des heures. Juste le temps des introductions et des transactions, la commande d’une boisson et sa liquidation. Dix minutes plus tard, c’est la bousculade devant l’ascenseur. Trop de couples attendent de monter en même temps. Dans l’intervalle les jeunes, filles et garçons échangent des regards langoureux et des caresses polissonnes.
Bientôt, il ne reste plus dans le hall que des vieux, entraîneurs, dirigeants, supporters, que sais-je. Mais les membres de l’équipe, eux, sont partis dans leurs chambres, pour vérifier certainement le bon fonctionnement de leur membre.
Moi qui suis client assez assidu de l’endroit, je n’ai jamais vu de putes dans cet hôtel. Alors, comment ont-elles appris qu’il y avait tout d’un coup plein de jeunes, aux bourses pleines, et là, on parle même des deux types de bourses, celles qui font partie de leur anatomie, comme celles qu’ils ont dans leurs poches, et où il est permis d’entreposer son argent.
Dans un moment, disons une petite heure, les premières comme les deuxièmes seront soulagées, car dans ce type de transaction, les deux phénomènes vont de pair et les deux bourses se retrouvent plus allégées.
A moins que les putes aient été payées par l’équipe d’Ukraine, pour affaiblir l’adversaire. Allez savoir. On le saura à l’annonce du résultat du match, demain vers vingt deux heures.
Dimanche 17 octobre.
Toute l’Ukraine ou presque, attendait de pied ferme le match de foot-ball opposant l’Ukraine à sa voisine et ex-consoeur, dans le chapelet des ex-républiques soviétiques, la Géorgie. C’estt le grand jour, et dès le matin, les gens s’organisaient pour aller voir ce match tant attendu, comptant pour les qualifications de la coupe d’Europe. Ce jour là, le thermomètre cognait allégrement contre les moins six degrés Celsius, avec en plus un vent glacial. On aurait préféré que ce soit des degrés de Réaumur, mais enfin, c’est çà l’automne, il aurait pu même neigé pour embêter un peu plus cette rencontre capitale de foot-ball.
Mais froid ou pas froid, les gradins des pelouses étaient pleins à craquer, cinquante mille bonhommes voulaient voir le match de tout ce qu’il y a de plus près, d’où leur insistance à acheter les billets une quinzaine de jours avant le match. Depuis des jours, il n’y avait plus un seul billet à vendre, sauf au marché noir, peut-être.
Etant modérément amateur de foot-ball, je préfère regarder les matches de loin, profondément enfoncé dans un fauteuil, avec un verre à portée de main, et non le jet d’une bouteille à portée de ma tête. Avec tous ces hooliganes qui traînent aujourd’hui, on n’est jamais assez prudent, vous comprenez, quand on atteint un certain âge, celui de plus faire les murs et les barricades.
Avec une amie mordue de foot-ball, on s’est dit qu’on pourrait aller voir le match à l’Alka, un restaurant servant de la très bonne nourriture et boisson, et propriétaire en plus, d’un écran de télévision Plasma géant. L’Alka, c’est le restaurant qui fait dancing après dix heures du soir, dans le sous-sol du théâtre l’Alka.
Accompagné de Ludmilla, on arrive vers 19.30 heures, histoire d’avoir de bonnes places. Manque de bol, il ne reste plus qu’une table, juste en face de l’immense porte grande ouverte. Vite fait, on s’y installe. Il ne manquerait plus qu’on nous subtilise la seule place qui reste. Ludmilla s’installe et installe nos vestes sur les chaises pour les occuper, et moi, je vais au bar, commander le ravitaillement. Pour aider le personnel débordé, je prends avec moi les boissons, il ne reste plus que les repas qui arriveront plus tard.
On n’est pas à peine installé, qu’on sent le froid nous glacer. Par la porte ouverte, nous arrive un froid à zéro degré garanti. Vite fait, on enfile nos vestes, remerciant le ciel de ne pas les avoir donné au vestiaire. Malgré çà, on se gèle juste un peu moins qu’au stade, ou comme si on était à la tribune officielle. C’est dire qu’on aura presque vu le match en direct du stade.
Avec la nourriture apportée par la barmaid, arrivent (sur l’écran) les deux équipes opposées. Première chose, on joue l’hymne national de Géorgie. Tout le monde s’en fout, surtout les joueurs Géorgiens qui se tordent le cou et sautillent pour se réchauffer.
Puis c’est au tour de l’hymne ukrainien, que l’orchestre lointain commence à entonner. Et là, dans la salle du restaurant, on entend un immense vacarne de chaises bousculées. Je me retourne pour voir ce qui se passe, et voilà que tous les présents se mettent debout comme des piquets, ma Ludmilla comprise. Moi, j’ai le nez dans mon potage, mon boursh, ma cueillère toute chaude faisant le va et vient entre ma bouche et le bol. Quand la Ludmilla me bouscule et m’intime l’ordre de me lever. Pourquoi faire, que je lui demande ? – Regarde autour de toi me dit-elle. Je me retourne pour avoir une vue sur la salle. Tous sont debout comme des palmiers de Las Végas, avec en plus la main sur le cœur. C’est la vraie «standing ovation ». Pour faire plaisir à Ludmilla, je me lève comme les autres, et attend que çà passe, car le potage n’attend pas, il va refroidir, c’est sûr. Pendant de longues minutes, on est là, debout, dans un silence total, la main sur le coeur, interpelé par l’hymne national ukrainien.
Enfin, après de longues minutes la musique s’arrête, et ceux mêmes qui se levaient il y a douze ans à peine à l’écoute de la musique à l’enseigne « faucille et marteau » de l’Union Soviétique, se rassiéent. On peut enfin continuer à manger la nourriture, très vite refroidie par notre zéro de température intérieure.
Le match a commencé il y a à peine douze minutes, que les Ukrainiens marquent un premier but.
Les Géorgiens n’ont pas le cœur à l’ouvrage. Il est probable qu’ils ne voulaient pas blesser l’honneur des petites Ukrainiennes qui leur avaient accordés leurs faveurs la veille, à l’hôtel. Des fois qu’en plus, si l’une d’elles avait un frère ou un fiancé dans l’équipe adverse, vous voyez l’affront que çà fait. Et pour couronner le tout, si la sauterie était payée par l’équipe ukrainienne ?
Alors, ces pauvres Géorgiens se sont écrasés, acceptant même en fin de match un deuxième but, terminant à un score de deux à zéro. Ils n’ont même pas voulu sauver l’honneur je pense, car ils ont très bien joué et auraient pu marquer au moins un but.
Finalement, les Ukrainiens ont bien joué, peut-être. Mais les petites putes de la veille ont, elles aussi, fait du bon travail, du travail de sape.
Lundi 18 octobre.
Comme je dois me rendre dans le delta du Danube, je vais laisser derrière moi la grisaille du Nord et aller prendre la température du littoral noir, c'est-à-dire celui de la Mer Noire.
Le delta du Danube est une région frontalière avec la Roumanie, juste au sud de la Moldavie.
Je ne savais même pas que le Danube se jetait en Ukraine. Le Danube, moi, je le connaissais au sud de Stuttgart, du côté de Rosenheim, en Allemagne, aussi à Budapest, et voilà qu’on me dit qu’il est là.
Comment il a pu faire ces deux mille kilomètres, et traverser tant de pays ?
Enfin, pour y aller il vaut mieux aller d’abord à Odessa (se prononce Odiessa), puis bifurquer en direction de l’ouest.
Pour aller de Kiev à Odessa, en passant par Lviv, où j’ai à faire, la route directe passe par Ternopil (rien à voir avec Tchernobyl qui se trouve à l’antipode est), Vinnitsia et Ananéi.
Mais pour la rendre plus longue et pittoresque, on peut longer la Moldavie et, se jeter carrément de Kichiniv dans Odessa. J’ai oublié de demander s’il fallait un visa pour se rendre en Moldavie, qui faisait partie intégrante de l’Ukraine, qui elle-même faisait il y a seulement 12 ans, partie intégrante de L’URSS.
Cela aurait valu la peine de passer et visiter la Moldavie, que je ne connais qu’à travers ses vins et ses grosses marchandes de fruits, spécialement les pruneaux d’Agen (séchés), qu’elles dénoyautent à la main sur place, pendant qu’elles les vendent.
Quelque soit l’itinéraire, la route est souvent mauvaise mais toujours pittoresque, découvrant une campagne, un habitat rural assez différent de celui d’Europe de l’ouest. Par exemple, il n’y vrombit presque aucun tracteur, les déplacements se font par charrette ou char à banc, ce qui évite à ces milliers d’oies errantes de se faire écraser.
Au détour d’une série de virages apparaît enfin Odessa. La ville est comme entourée d’une ceinture de verdure.
Deux cents kilomètres après Odessa, me voilà dans cette région du Danube.
Enfin, il est là le Danube, même qu’il s’est construit un immense delta vers Vilkovié.
Toute la région est une région de marécages ou de « zones humides » comme on les appelle au WWF.
Elle abrite toute une diversité biologique, faune comme flore, que le WWF entend protéger et sauvegarder . Elle héberge des oiseaux migrateurs et autres espèces protégées.
Enfin, c’est une merveilleuse région à préserver telle quelle, en tant que réserve naturelle.
D’ici, pour aller à Odessa à environ deux cents kilomètres à l’est, on passe par Sapata. De la région du delta, on prend la M15, on roule dans une région assez marécageuse, peu boisée et plate. Mais çà roule bien, le trafic étant presque nul, une fois l’été passé.
Au fait, ici il fait une température printanière. Il fait assez chaud, environ quatorze degrés. Mais il fait un peu gris aujourd’hui, sinon, le climat d’ici n’a rien à voir avec celui du nord.
Mardi 19 octobre.
Arrivé à Odessa par la route, je me rends quand même tout de suite à la gare ferroviaire.
Quand je ne connais pas une ville, j’ai l’habitude de me rendre à sa gare, même si je ne viens pas en train. Cela me permet de m’orienter et situer les quartiers les uns par rapport à la gare, donc par rapport aux autres. En plus, on voit quel genre de faune existe dans le paysage, et quelles sont les activités dans la vicinalité de la gare.
Ici la gare est un vrai palace, une espèce de château, construit en 1904, du temps des Tsars.
En cette journée de la mi-octobre, toute une faune se presse dans le petit hall de la gare, mais surtout, sur son terre-plein, derrière.
Là, des dames rondelettes (mais que font donc les hommes, car on ne voit surtout que les femmes au travail, les hommes, eux parlent souvent de travail, mais devant des verres de vodka, il n’y a alors que le mot « Rabota » (=travail) qui revient. Des femmes d’un certain âge, pour ne pas dire leur vrai âge, ont accroché une pancarte autour du cou sur laquelle il y a écrit : « KOMNATA » ce qui veut dire chambre, ou encore « KVARTIRA » voulant dire appartement à louer.
A Odessa, au lieu que le voyageur aille chercher sa chambre, c’est donc sa chambre qui vient le chercher.
Un peu plus loin, des hommes aboient : TAKCI (il faut l’écrire comme en russe, sinon, le mot perd sa signification contextuelle), mais plusieurs fois, quoi. Tiens, en voilà quelques uns, d’hommes, qui travaillent, car faire le taxi ne peut certainement pas être pénible.
Sur les quais, à l’arrivée d’un train, un escadron de vendeuses se précipite dans les différents wagons pour écouler une partie de leurs marchandises.
Certaines vendent du poisson fumé ou séché, au choix, d’autres du pain et des brioches, d’autres des yoghourts, d’autres des fruits, certaines vendent des légumes. Chacune s’est choisie une spécialité pour ne pas faire concurrence à la voisine, quoi.
Et là, elles n’ont que quelques minutes, pour faire une vente ou deux, car le train repart.
çà et là, on vous propose d’acheter des crevettes cuites. Elles sont toutes petites, minuscules même, du type du krill, qu’on trouve aussi en Norvège, et qu’on vous vend aussi dans la rue.
Sans vouloir généraliser, les gens ici ne rendent pas service. Vous demandez poliment un renseignement à une personne, elle, homme ou femme, jeune ou vieux, vous regarde et continue son chemin. Les plus polis, vous répondent qu’ils ne savent pas, alors qu’ils savent pertinemment.
Les gens d’Odessa ne sont pas du tout souriants. Le sourire, ils ne le connaissent pas. Ils ne sont en tout cas pas abordables, même pas les commerçants qui ont intérêt à l’être. Non, ici on vous ignore, on ne vous cause même pas.
Quand à Kiev, j’ai posé la question du pourquoi les gens d’Odessa sont aussi fermées, austères et à la limite de l’impolitesse, on m’a répondu à trois ou quatre reprises, que si elles étaient fermées, la raison essentielle à cela était que parce que c’étaient des juifs.
Ne serait-ce pas de l’anti-sémitisme déguisé çà ? Car sinon, qu’est ce que la religion a à voir avec l’humeur et le comportement des gens ? Donc, il y a forcément une autre raison, qui elle, doit être la bonne.
Mais sinon, c’est vrai qu’il y a à Odessa, la plus grande communauté juive d’Ukraine, peut-être. J’en invoque pour témoins les inscriptions et les plaques écrites en hébreu, qu’on voit aisément sur le devant de nombreuses maisons.
D’ailleurs, tiens parlant des juifs d’Odessa, il ne faudrait pas oublier que les Ginsburg, les parents de Serge Gainsbourg sont venus d’Odessa, s’établir à Paris dans les années 1930.
Donc, Gainsbourg, le génie, l’orfèvre en musique et composition, en est originaire.
Voilà de quoi peut aujourd’hui s’énorgueillir Odessa, ce qui n’est pas peu. Et l’éminent Trotski, d’où vient-il, sinon d’Odessa.
Du temps des Tsars et ce jusqu’en 1917, année de la révolution bolchévique, c’était les juifs qui s’occupaient de l’import-export, de l’armement et l’affrètement des bateaux, avant que la troïka Lénine-Trotski-Rykov (ou qui était le troisième larron déjà ?) ne « kholkozent » un peu tout, le commerce y compris. N’oublions pas qu’Odessa était un des plus grands ports de Russie, par où passait tout l’approvisionnement de cette méga nation. Et celà continue, même si aujourd’hui la marchandise transite par l’Ukraine.
Mais Odessa, c’est aussi une station balnéaire, vues ses plages de sable fin et son climat doux. C’est donc une ville touristique, donc une ville de parasites plein d’argent, qui viennent encombrer le paysage de ces pauvres Odessiens laborieux, qui, peut-être les jalousent un peu. Et s’ils peuvent leur faire une entourloupe au passage, pourquoi pas ?
J’en veux pour preuve, cette serveuse de restaurant qui m’accueille avec le sourire, me parle en anglais et essaie de me placer à un endroit qui ne me convient pas, opaque de fumée, jouxtant une table de fumeurs acharnés. Alors, je la quitte et vais m’asseoir à l’autre antipode du restaurant, pour éviter la fumée. Là, je suis accueilli par une autre serveuse, qui ne parle pas anglais. J’aurais fait çà, même s’il n’y avait pas de fumeurs à proximité, parce que j’ai horreur des contraintes, comme par exemple, les propositions de menus des maîtres d’hôtel : « je vous conseille ceci, ou plutôt cela » pour se débarrasser de leur plat du jour ou du stock de vin de mauvaise qualité. Après un bon déjeuner, je quitte le dit restaurant, en laissant un large pourboire à la serveuse monoglote. En sortant, je demande en anglais un renseignement à la première serveuse, et voilà qu’elle me dit qu’elle ne parle pas anglais, alors qu’une heure auparavant, elle le parlait parfaitement. Mais comme je ne me suis pas assis dans son périmètre, et ne l’ai pas faite profiter de pourboire, «vas voir ailleurs si j’y suis », semblent me dire, ses yeux.
A Odessa les femmes se sont un peu affranchies. Pourquoi dis-je çà, et bien parce que certaines ont un permis de conduire et conduisent une auto, et quelques rares d’entre elles conduisent un trolleybus. Alors qu’ailleurs, leur émancipation ne dépasse pas la conduite d’un tramway.
A côté de la gare, il y a l’imposante maison du peuple, à colonnades, avec un immense terre-plein devant, au beau milieu duquel, de son piédestal, Lénine harangue les foules, massées là, les jours de commémorations et de grands discours. Un square lui fait face où, là aussi il y a un piédestal avec des inscriptions en russe. Mais il manque la statue. Je suis sûr qu’il y en avait une ici. Et qu’on a du la déboulonner. Mais la statue de qui était-ce ?
Généralement, c’est celle de Lénine qu’on enlève en premier dans ces pays libérés du communisme. Or, Lénine est toujours à sa place, mais alors, qui serait le disparu ? Serait-ce Staline, ou peut-être Trotski, quoi que je n’ai jamais vu de statue de ce dernier bonhomme en URSS ?
Odessa compte de nombreux musées. La plupart sont de somptueuses bâtisses du XVIIIième siècle, avec des frontons, des balcons et des corniches ciselés et décorés à l’extérieur, sur leurs façades. Stucke, escalier en marbre et statuettes ornent leur intérieur.
Mais beaucoup d’entre elles sont en mauvais état et risquent de tomber en ruines, cependant toutes renferment des trésors merveilleux.
Tel ce musée appelé « Musée du Nord et de l’Ouest », qui renferme des peintures uniques et très anciennes.
La plupart des peintures, sont surtout l’œuvre de peintres Italiens, Néerlandais, Espagnols ou Allemands. Bien sûr qu’il y en a quelques unes faites par des Russes et des Ukrainiens.
Sinon, les auteurs sont des brochettes de peintres du XVI et XVIIièmes siècles, pas moins que çà.
Des illustres et pas des moindres comme, les Néerlandais Vinckeboons (1578-1626), F. Hals (1580-1666), A.Benson (XVI ième siècle), Rubens ( 1577-1640) ; les Italiens Ricci, Beletto et Guardi, tous trois du XVI ième siècle, J.Carpioni (1611-1647), Magnasco et F.de Mura (1696-1782), l’Espagnol Markes de Velasko (1655-1720.
Viennent ensuite les allemands comme Kampf, Ritzau et Max (1860-1930).
Tu les connaissais, toi, ces peintres, me dis-je ? J’avoue que je les rencontre pour la première fois. Il va sans dire que l’on sous-entend, sur la toile, n’est-ce pas ? Etant entendu que je n’ai pas eu le privilège de trinquer avec, ni applaudir Napoléon III ). De plus, je ne savais pas qu’il y avait des peintures de l’an 1511, aussi bien conservées, et derrière l’ex-rideau de fer, qui plus est. Parce que là, on n’engageait une dépense, que si elle était hautement-nécessaire, ou alors du domaine militaire, sinon, c’était « niet ».
Il faut vraiment les voir ces tableaux, de vrais chefs-d’œuvre de la vieille école de peinture, accrochés maladroitement à des murs très hauts, par endroit lézardés, sous des plafonds fendillés, qui risquent de crouler un jour sur ces chefs-d’oeuvre inestimables, si rien n’est fait à temps. Et ce n’est pas l’Ukraine d’aujourd’hui qui allouera un budget consistant à la culture, capable de restaurer ses musées.
Déjà qu’elle n’arrive pas à payer sa facture annuelle de gaz à la Russie. Alors, restaurer des musées, équivaudrait à nourrir les cochons au moyen de poires.
Une des salles renferme de l’art moderne, d’artistes contemporains. Une autre, des peintures modernes, mais plus ou moins courantes, plutôt même banales, d’auteurs qui sont encore en train de se convertir à la peinture, qui plus est, sans maître.
Dans une grande une salle de l’entre-sol, défile le portrait des différents gouverneurs d’Odessa. Et là, parmi eux, Autrichiens, Italiens, Austro-Hongrois, qui voit-on ? Et bien, un Français, un certain Prince Emmanuel de Richelieu, gouverneur d’Odessa en 1807. C’était sous le règne de Napoléon-Bonaparte, n’est-ce pas ?
A l’époque, Odessa était un « comptoir » français. Après avoir conquis Sébastopol (juste en face, sur l’autre rive) en bon stratège, le cher Bonaparte y laissa une garnison pour veiller au grain. Sinon, à quoi auraient servi les dépenses de cette expédition coûteuse, en biens et en vies humaines ?
Encore heureux que celui-ci ne lui ait pas fait un enfant dans le dos, comme Bernadotte. Ce général n’est-il pas le seul à avoir réussi à ne pas être fusillé par la restauration ? Il faut dire qu’il était bien planqué, en Suède, à deux mille cinq cents Kilomètres de Paris. Et ils n’avaient encore le TGV, n’est-ce pas ? Même que sa descendance règne aujourd’hui encore. Alors que les fils des empereurs, autant que ceux des « restaurés » ont été balayés à jamais par la « Commune » de 1870.
Il y a aussi dans ce musée, des meubles ciselés, incrustés de nacre, des poteries anciennes, des sarcophages décorés d’or. Un peu à l’écart, il y a une salle renfermant des trésors chinois et bien d’autres choses.
Il y a aussi pas mal de sculptures, ici et là, représentant surtout la gente féminine. De ce lot, se dégagent les sculptures italiennes, en marbre blanc diaphane, qui, incontestablement remportent la palme.
Elles sont tellement bien faites, tellement ressemblantes que l’on se prend à penser, que la dame va peut-être descendre de son piédestal et venir nous sermonner, pour nos pensées libidineuses. Tant on écarquille les yeux, pour voir les détails proéminents de son anatomie. Ceci est tellement vrai, qu’à côté de moi, un visiteur se baisse même d’un poil pour essayer de voir à travers l’étole cache-sexe de la statue.
Ce ne sont pas des choses qui se font en société, encore moins dans un musée, çà, « niet ».
De là à faire comme ce paysan Grec des années 1988 (pas très loin de chez nous, voyez-vous), qui, en labourant son champs, avait trouvé la statue d’une femme Grecque (à cette époque, on n’avait pas encore découvert la Suède, encore moins l’Amérique, alors la femme ne pouvait être que Grecque, ou à la limite, Circassienne!). Il faut dire que cette fois, il labourait avec une sous-soleuse, pour implanter un verger peut-être. Imaginez-vous que ce fils de dévergondée (on va rester poli, et pas qualifier sa mère de péripatéticienne quand même, non?), et agriculteur quand même, au lieu de téléphoner au service archéologique, ou, embarquer la statue et aller la remettre au musée, ce Grec a lavé et bichonné cette statue, et l’a mise dans son lit. Et tous les soirs, ce cochon dormait avec cette belle Hélène (elle était hellénique) et ce pendant deux ans environ, jusqu’au jour où sa tante ou sa grand-mère, voulant faire le lit du polisson est tombée sur la belle restée au lit, de marbre évidemment.
Au lieu d’appeler le musée, elle, cette ménagère, a appelé l’hôpital psychiatrique. Ce qui revient au même, puisque celui-ci a fait venir le service archéologique, qui a finalement donc, embarqué la statue.
Laquelle statue, se laisse aujourd’hui admirer, au musée d’Athènes. Là au moins, elle fait le bonheur de millions de spectateurs, alors que ce cochon la voulait pour lui tout seul. Vous vous imaginez, comme l’homme est possessif de nature !
Mais de quoi est-ce qu’on parlait au fait ? Et ben donc, du musée d’Odessa.
Figurez-vous que les bonnes femmes qui y travaillent sont d’une inculture artistique monumentale.
Il en est de même de la police de garde au musée. Ce jour là en tout cas, la police est représentée par deux femmes, les hommes, « Nieto » il n’y en a point, du moins là.
Pour vous dire, je montre aux employées la photo d’un illustre tableau, qui se trouve dans un des cinq musées d’Odessa. C’est quand même pas grand Odessa. Elles ne l’ont jamais vu et ne savent rien de ce tableau.
C’est un tableau rappelant le radeau de la méduse. Le radeau est ici une grande croix à laquelle s’accrochent des naufragés et, sur laquelle descend du ciel, une échelle en corde oscillant dans la tempête. La croix flotte sur une mer démontée, avec des vagues de dix mètres de haut, pour le moins. Le tout avec une petite touche chrétienne orthodoxe, puisque son auteur est Russe ou Ukrainien. Le tableau n’était pas non plus dans le deuxième musée que j’ai visité.
Ce qui fait que je n’ai vu que la copie de ce chef-d’œuvre, à cause de l’inculture de ces dames employées des musées, et leur manque de désir d’information.
Tout ce qu’elles voulaient, c’était vendre chacune son prospectus, ou ses cartes postales, ou ses catalogues des années 1950.
Pour çà, elles se démenaient.
Mercredi 20 octobre.
Un peu à l’extérieur de la ville d’Odessa, on voit d’anciennes usines. Sur cinq hauts fourneaux, un continue à fonctionner, soit 20 %. Les autres se sont éteints.
C’est presqu’incroyable, çà dépasserait même la moyenne nationale.
Odessa est avant tout un port, immense port d’ailleurs, rempli de paquebots qui déchargent. Au large, cinq paquebots attendent leur tour pour entrer dans le port, faute de quais disponibles.
Odessa a aussi son Amirauté, son académie maritime. Son école de marine est un peu en forme de paquebot, avec sur le toit, un mât, des girouettes et des câbles et des filins tendus, comme sur un bâteau.
Il y a même du côté du port, des bars pour marins, du genre de ceux servant des pintes déguelasses et, fréquentés par des putes à quatre sous. C’est là que foisonnent des écriteaux écrits en anglais, genre « seaman desire » ou « sailors bar ».
Odessa est une ville ancienne, avec beaucoup de bâtiments du XVIII et XIXième siècles, mais presque tous en mauvais état. Là, on voit une jolie maison avec des inscriptions juives et des dates : 1816-1917. C’est en 1917 qu’a eu lieu la révolution et partant de là, l’abandon des religions et des cultes.
Mon hôtel, lui, n’est pas d’époque, à moins que l’époque soviétique en soit une en effet.
C’est une bâtisse sise sur la Prospekt Kanatna, à hauts plafonds, de style assez austère, malgré qu’elle soit de couleur jaune orange. C’est l’hôtel Aktiaberskaya, ou Hôtel d’octobre, allusion à la révolution d’octobre 1917, vous avez compris, bien sûr.
A propos d’octobre 1917 et de révolution, celle-ci a commencé bien longtemps avant. Elle a pris ses racines en fin 1893 avec la création du parti « libération du travail ». Puis elle s’affirme avec le congrès des « socio-démocrates » russes à Londres en 1903.
C’est d’ailleurs à ce congrès que Vladimir Oulianov, dit Lénine, raffle la majorité et se fait appeler, lui et ses partisans, les « bolchéviks » (« bolchinstvo » voulant dire majorité, en russe).
La répression des ouvriers Péterbourgeois dans ce « dimanche rouge » (9 janvier 1905), la défaite de l’armée contre le Japon, particulièrement la marine, à Port-Arthur et Tsoushima (15 mai 1905), et la création de conseils ou « soviets » dans toutes les corporations, font naître le souffle de la révolte dans les rangs de l’armée et surtout, dans ceux de la marine, même si ses marins n’ont pas participé à la guerre, comme ceux en rade d’Odessa.
Le ferment de la révolution est donc arrivé jusqu’à Odessa, avec le soulèvement des matafs du cuirassé Potemkine le 14 juin 1905. L’odyssée du socialisme soviétique aurait débarqué aussi à Odessa.
D’ailleurs, le film « le cuirassé Potemkine » aurait été tourné à Odessa. On retrouve cet escalier à cent marches donnant sur le port d’Odessa, qu’on voit dans le film du Potemkine.
La plage, ou plutôt les deux plages s’étendent à droite et à gauche du port et, partent sur des kilomètres, avec du sable assez fin, pas déguelasse, avec des infrastructures passables, cabines, petits hôtels, restaurants, bars, chaises longues et transatlantiques, manèges, parcs d’attraction pour les gamins etc.
Une ceinture végétale de quelques centaines de mètres sépare la ville de la plage, la ville surplombant la plage, accusant une dénivellation d’au moins 8 à 10%.
Odessa est un port de la mer noire, qui fait face à la Turquie.
Et du coup, on comprend l’empressement des Turcs à être présents sur ce territoire, eux qui l’ont occupé pendant des décennies.
Là, on voit en effet un consulat de Turquie, et beaucoup de magasins ou comptoirs d’import-export, les Turcs exportant fruits et légumes, textiles et produits manufacturés et se retrouvent presque seuls sur ce marché vierge, sans concurrence, du moins pas encore. Et de plus, quel pays pourrait offrir les si bas prix qu’offre la Turquie ?
Odessa, ou ses alentours, en gradins ou en hauteurs, offrent des sites favorables à la culture de la vigne. C’est ce qui a fait l’essor du vignoble d’Odessa, comme son Sauvignon, son mousseux par exemple, ou encore son cognac.
A Odessa, la culture du raisin est tellement importante, que les vendanges sont fêtées en ville, en octobre. Ces jours-là, des stands de dégustation de vins fleurissent dans la ville, et l’ambiance est bonne enfant.
Je dis bien ce jour là, exception par rapport au reste des jours de l’année, où les mines sont moroses, et le sourire malais, s’il s’en produit un (il y a quand même un nombre impressionnant de naissance, alors, sur le lot, il y forcément deux ou trois bébés qui rient jaune).
On a même fait venir les majorettes qui n’ont pas défilé mais joué sur une estrade. Elles ont du être insuffisamment payées pour faire çà.
La vigne, du moins des treilles parfois cinquantenaires poussent en pleine ville, et dardent leurs grappes mûres en ce mois d’octobre. Les grains de raisins, noirs, sont tout petits mais délicieux.
Si vous ne pouvez pas profiter des plages, deux jours à Odessa suffisent comme séjour. Auquel cas, alors, faites comme moi, descendez encore plus au sud.
Jusqu’au premier octobre, il y a une liaison maritime entre Odessa et la Crimée. A choix, un bateau peut vous déposer à Tchornomorskié ou à Yevpatoria. Comme on est en fin d’octobre, vous pouvez donc oublier cette croisière et, prendre la route ou le rail, car la Crimée est une presqu’ile, donc reliée par la route à l’Ukraine.
Pour plus de repos et de confort, et même d’économie (car ma voiture grille quand même ses dix litres d’essence aux cents kilomètres), va pour le train, et va pour le milieu de la Crimée, soit, Sinféropol.
De là, on avisera, sur la direction à prendre.
Le train de nuit d’Odessa à Simféropol en Crimée, est très confortable. Il met un peu plus de onze heures pour faire environ cinq cent cinquante kilomètres, avec arrêts aux gares, tris des wagons et tout le tremblement.
On peut prendre au choix, soit une couchette de deuxième ou de première classe. La différence de prix est minime.
La deuxième classe offre quatre couchettes, deux superposées de chaque côté du compartiment et héberge quatre dormeurs, genre petit dortoir, ce qui assure plus de contact et autorise à plus de convivialité. Mais ceci multiplie les risques de tomber sur des ronfleurs, ce qui risque de gâcher votre nuit.
En première classe, c’est moins encombré et là, on sera dans un compartiment à deux couchettes, avec la chance d’avoir celle à ras du plancher. Dans ce cas, on a plein d’espace et d’oxygène. On passe sa nuit avec un ou une seul(e) inconnu(e). Mais, c’est aussi à la fortune du pot. Vous pouvez tomber sur un gars ou une môme sympathique, et vous passez alors un voyage agréable, et une bonne nuit. Mais vous pouvez aussi tomber sur un ou une cinglée. Auquel cas, vous souffrirez le calvaire. Surtout si vous êtes du sexe féminin et que vous tombez sur un gars libidineux. Alors là, vous passez votre nuit debout, dans le couloir. Notez que le couloir est assez pompeux, avec des rideaux de dentelles aux fenêtres, et d’un épais tapis sur tout le long du couloir. A part que, pour ne pas salir le tapis, on l’a recouvert d’un tissu de jute, faisant un peu serpillière.
Remarquez qu’ils ont eu raison de faire çà, surtout aux abords des toilettes, le plus souvent inondées, et d’où les gens ressortent avec les chaussures ruisselantes. En parlant de toilettes, au nombre de deux par wagon, je vous rappelle que vous devriez vous lever avant les autres, pour aller aux toilettes et faire vos ablutions.
Si vous attendez, vous aurez une queue de gens pas possible, et vous risquez de quitter le train sans même vous être brossé les dents. Ce qui est inconvenant si vous êtes attendu par quelqu’un, et encore plus si vous devez lui faire la bise. Car là, en plus de votre haleine fétide, vous avez une râpe à fromages aux joues, et ce n’est pas çà que vous voulez frotter sur les joues roses de la dame BCBG sous tous rapports, qui vous fait l’honneur de venir vous attendre sur le quai ?
Sinon, on passe une nuit assez agréable à dormir sur ces couchettes du train de nuit. D’abord, parce qu’on est bercé amoureusement comme par une nounou.
Moi, cette nuit, çà me fait le même effet que si je montais un cheval et que je l’avais mis au galop. A chaque secousse latérale du wagon, causée par le vide de la jonction des rails, cette secousse me rappelle le balancement du flanc du cheval dans son galop, en plus des permanentes oscillations de mon corps d’avant en arrière, chaque fois que le cheval pose ou décolle ses sabots.
Pourquoi croyez-vous que les Indiens (d’Amérique) ont appelé le train, « le cheval de fer » ?
Ils sont montés dedans, ont découvert la même sensation de galop, en plus du parcours des distances. Alors, ils n’ont pas hésité, c’était « vendu », pour eux c’était le « cheval de fer », plus authentique que le « chemin de fer », appellation des visages pâles.
La station debout dans le couloir (je dis çà pour les filles qui doivent découcher, à cause de la présence d’un gros porc dans leur demi-compartiment, elles n’ont payé qu’une couchette , donc la moitié du compartiment, non ?), donc cette station n’est, elle, supportable qu’au milieu du compartiment, parce qu’à ses extrémités, il y a les toilettes, et ces lieux n’ont jamais connu les détergents et autres produits de nettoyage.
Elles dégagent abondamment des odeurs d’ammoniaque, à cause du pipi qu’on y repand.
Et à propos de toilettes, grâce au ciel, elles ne sont pas à la turc, mais voici un conseil. Quand vous avez fait vos besoins, enfoncez très gentiment et doucement la pédale de la chasse d’eau, sinon, malheureux, vous recevrez dans la figure, une petite giclée de vos déjections. Le fond des W.C revient ultra-rapidement, si vite à sa place qu’il vous restitue une partie de ce que vous lui avez confié. Notez que ce n’est pas trop grave, d’abord parce que ce sont vos propres (ou sales) déjections (les Japonais boivent leur pipi au petit-déjeuner, alors, vous voyez que ce n’est pas si méchant que çà). Et de plus, vous pouvez vous nettoyer, vous avez de l’eau dans le robinet juste à côté.
Le robinet possède comme tous les autres deux grands boutons, mais ce n’est pas eux qui vont vous donner de l’eau. Alors, arrêtez de les tourner en tous sens. Il vous faut aller sous le robinet et appuyer sur un téton pour que l’eau arrive. C’est le même système que les abreuvoirs pour les porcs et les vaches. Ainsi, si vous lâchez le téton, vous coupez l’eau. C’est ainsi que l’on fait des économies. Alors qu’avec des boutons, les gens les laissent même ouverts et s’en vont.
Sinon, contre six grivnias, on reçoit des draps et une serviette propres, sertis dans du plastique. Il y a un wagon restaurant, un room-service, surtout pour le thé.
Jeudi 21 octobre.
Pour ceux qui ne la connaissent qu’à travers leurs manuels d’histoire, la Crimée se résume aux batailles de l’Alma, de Malakof et de Sébastopol. Elle rappelle aussi la victoire du maréchal Mac Mahon (Français malgré son nom et, qui deviendra président de la république de 1873 à 1879) et sa célèbre phrase : « j’y suis, j’y reste ». C’était entre 1854 et 1855, durant cette guerre qui opposa la Russie de Nicolas I, aux alliées Turco-Anglo-Français.
Dans nos manuels, on ne parlait ni du charme de la Crimée, ni de ses richesses, encore moins du sable fin de ses plages. On se cantonnait à l’écrasement de la flotte russe et au bombardement d’Odessa, entre autres.
La Crimée, c’est une région adorable, on en tombe tout de suite amoureux. Là, il y a des paysages extraordinaires, une végétation de garrigue, une morphologie en montagnes russes, avec des monts, des plats et des vaux.
Elle possède des plages merveilleuses et un climat presque méditerranéen, avec l’avantage de prix incroyablement bas, évidemment. On est encore en Ukraine, n’est ce pas ? Les routes sont excellentes, vu que le « gratin » russe roulait dessus en été et, exigeait donc des routes bien asphaltées.
C'est un peu comme la Corse, sans le tempérament des Corses, et en mieux. Voilà en quelques mots, résumée la Crimée.
Elle produit d’excellents pinards aussi, des légumes bio à profusion dont, ces échalottes fuschia criméennes, tressées en de longues nattes, vendues sur les routes par les paysans.
Dire qu'il y a douze ans, il fallait un laissez-passer pour venir en Crimée, quand on n’était pas apparatchik ? Et Sebastopol, port militaire avec ses sous-marins et tout le tremblement, était strictement interdite à toute personne non résidente à Sebastopol. Ses habitants avaient l'exclusivite du site.
Aujourd'hui, il y a encore sur les routes les anciens points de contrôle, assez nombreux, où il fallait montrer patte-blanche. De nos jours, les flics y sont, mais ne mettent pas le nez hors de leurs guérites.
C'est le chauffeur de bus qui doit descendre, aller vers eux et leur dire un truc, mot de passe ou autre, ou leur declarer qu'il ne transporte pas du bétail mais des humains. Allez savoir ce qu'ils se disent. Ou alors, allonge-t-il un backchiche, que ce n'est pas du tout exclu.
Il y Sevastopol, à la pointe sud de la Crimée, qui vaut le détour pour qu’on l’admire.
Enfin, c'est tellement génial cette Crimée, que j'ai envie de vous la faire découvrir lors de prochaines vacances.
Il n'y a pas que les plages qui y attirent le monde. C'est bourré d'archtectures anciennes, tartares, turques, orthodaxes, grecques et j'en passe.
Il y a Alouchta, la "Cannes" de la mer noire, plus jolie que Cannes et en moins cher, avec ses kilomètres de plages de sable mi-fin, mi-grossier, mais pas de plages jonchées de cailloux, comme à Nice.
Il y aussi Feodesia, merveilleuse avec ses falaises et son littoral rocheux et découpé.
La crimée, c'est aussi Simferopol, incontournable noeud gordien.
Une ville , une plage merveilleuse, et un port agréable d'où partent ou arrivent les croisières, c'est Yepatoria. Trés jolie ville.
Et des stations balnéaires, il y en a une dizaine au moins. Moi, je ne les ai pas toutes vues. Je n'ai passé qu'une semaine en Crimée. Pour voir un maximum, j'ai spidé, mais il y a tant de choses à voir là.
Et les boissons, on les a oublià ? Pourtant, je leur consacrais tous mes apéritifs. On a le Krim, le Kahor, le mousseux etc, et même la vodka.
En resumé, la Crimée, c'est environ huit cents kilomètres de littoral dont au moins, trois cents kilomètres de plages , c'est sûr.
En Crimée, iI y a aussi Yalta, la "Nice" de la mer noire, mais en mieux, en plus joli et en moins cher.
La ville est construite sur des flancs de montagnes et, possède une vieille ville qui rappelle un peu les villages du vignoble lausannois, comme Chardonne, Cully etc... Mais le gros de la ville est situé au piedmont. Yalta, c'est aussi un grand port prospère.
Yalta, toujours gardée par la statue du camarade Lénine qui surveille sa "prospekt" d'un air indolent, maintenant qu'il sait que les gens se sont, à vie, détournées du communisme et, qu'il ne pourra plus jamais les convaincre. Même si le siècle enfantait d'un nouveau Karl Marx. Ils ont compris ces semi-russes et, ne veulent plus jamais entendre parler de collectivisme ni de kolkozes.
Quoique tous les vieux, sans exception, sont nostalgiques de l'ancien régime et votent communistes.
Yalta, c'est de là, que le Tsar Nicolas (quel numéro déjà qu'il avait celui-là, trois ou quatre?), disons trois, et par la suite ce Cher Staline, qui de leur chaise longue et de la plage où ils se doraient, envoyaient sans autre, sans aucun état d'âme, un verre de vodka glacée à la main, envoyaient donc les soldats à la guerre et les dissidents au Goulag.
C'etait de leur faute, aux dissidents. Pourquoi voulaient-ils avoir une opinion différente de celle du chef ? ça se punit ça.
A un point tel que le camarade Staline a envoyé à lui seul, pas moins de trente millions (c'est la population de l'Ukraine d’à lors) de ses compatriotes en Sibérie, dont vingt millions y sont morts, pas de froid ni de vieillesse, mais de mauvais traitements.
C'est ce qu'on vient de commémorer dernièrement à Moscou, les vingt millions de victimes du cher Josef, sans pour autant qu'on puisse poursuivre les auteurs des sevices, dont certains vivent encore.
Qu'est ce qu'on s'en foutait des vingt millions de gars "sibérisés sur place". Le même Josef a envoyé au casse-pipe, contre les Allemands une centaine de millions d’hommes, dont trente cinq millions sont encore ensevelis sous la neige et les gravas, d’après les récits de soldats de l’époque. Ils avaient un fusil pour deux ou pour trois soldats. Vous voyez le type de stratégie stalinienne, de la méthode "chair à canon" ? Alors, vingt millions de morts en Sibérie, à côté, ce n'est rien du tout.
Mais ça, c'est très loin de la Crimée, de son soleil, de ses plages, de son Mac Donald, de ses bistrots et de ses boîtes de nuits et j'en passe.
La Crimée est une grande presqu’île située en Mer Noire, au sud de l’Ukraine. C’est un immense îlot, rocheux en bordure de mer, avec des montagnes faisant la ceinture de cette presqu’île et tombant souvent à pic dans la mer. Ce qui occasionne des paysages découpés, émergeant de l’eau, avec plein de massifs, comme ceux des falaises de Caux et ce, sur presque les trois quarts du pourtour de la presqu’île.
Ce qui fait que le littoral est le plus souvent rocheux, mais ménageant entre deux infractuosités ou deux falaises, des kilomètres belles plages de sable fin.
L’intérieur aussi est montagneux, ménageant évidemment des vallées entre deux chaînes de montagnes. Par endroit, l’altitude est douce et on assiste alors à un paysage de collines et de vaux, très propices à la culture de la vigne, puisqu’ici, le soleil est généreux.
La Crimée est une région à climat doux, souvent ensoleillé, et où les températures sont clémentes. Tenez, par exemple, aujourd’hui 21 octobre, il fait dix sept degrés, et les gens se promènent en chemises à manches courtes.
La Crimée n’est pas une terre en friche, comme l’est souvent, le reste de l’Ukraine. Les terres sont un peu partout cultivées.
Car, évidemment, « les plaines d’Ukraine » dont parlait Gilbert Bécaud dans sa chanson « Nathalie », c’est du passé bien lointain. C’est vrai qu’elles ont eu donné abondamment de grains, les plaines d’Ukraine, mais c’était à une époque soviétique, des années dures. La terre est d’excellente qualité d’accord, aujourd’hui encore d’ailleurs, mais à l’époque les gens travaillaient dur.
Mais en Crimée, on continue à travailler. Et là, on voit beaucoup de tracteurs. Ce qui signifie, de l’opulence mais aussi une détermination au travail des paysans.
Il y a même certains inconditionnels qui se baignent. L’eau de mer est en effet à température supportable, assez chaude, à combien de degrés ? Çà, je ne pourrais pas vous le dire, car je n’ai pas emporté mon thermomètre ce jour là, et nulle part, on affiche la température de l’eau.
Quoiqu’il en soit, le climat est doux, les températures clémentes et rivalisent avec celles de la côte d’Azur. Il est en flagrante contradiction avec les températures polaires du nord, comme à Kiev ou à Lviv, où il ne fait aujourd’hui que deux degrés. Çà ne nous fait pas quinze degrés de différence, çà ? Alors qu’au nord, les gens se chauffent avec leurs radiateurs tout-venant, en Crimée, les gens se dorent au soleil en économisant sur le chauffage.
C’est bien pour çà que les Russes ont élu ici, domicile d’été et ce depuis le temps des tsars. Peut-être même avant, et çà continue aujourd’hui avec les nouveaux riches Russes.
Comme le pouvoir russe venait ici passer ses vacances, il fallait bien qu’il circule, qu’il roule, et qu’il roule bien. Alors, il a fait en sorte que les routes ici soient bonnes et même très bonnes parfois. On ne peut hélas, en dire autant du reste de l’Ukraine.
La Crimée est dotée d’un climat rappelant souvent le climat méditerranéen, comme celui de Corse, par exemple. D’ailleurs son relief ressemble beaucoup à celui de la Corse.
Je trouve, du point de vue géologique, morphologique et climatique, beaucoup de similitudes entre la Crimée et la Corse. Et leurs deux noms commencent également par « C ».
La végétation y est un peu similaire. Ainsi trouve-t-on des lauriers-cerises, des lauriers roses, du romarin, de l’armoise grise, des palmiers, des yuccas, etc…et, même des amandiers.
Trois des diverses espèces de pin y habitent allégrement (on dit bien un « habitat végétal », oui, alors, les pins habitent en Crimée), comme le pin parasol, le pin sylvestre et le pin d’Alep. Il y en a peut-être d’autres, que je n’ai pas eu le temps de voir.
Et évidemment, sur les nombreux côteaux, collines et autres déclivations pour ne pas dire des géo-synclinaux, courent à « tout pied » (pourquoi dire à toute jambe ?) les ceps de vignes, ou les pieds de vigne de Sauvignon, Chardonnay et autres Tokay, donnant d’excellents vins qui avaient fait la réputation œnologique de l’ex-URSS.
Tiens, il y a même un excellent vin rouge, de grande réputation nationale appelé « KAHOP ». çà ne vous rappelle rien çà ? Bien sûr, çà rappelle la ville de Cahors, dans le sud de la France, elle aussi généreuse en vin. Vous ne pensez pas que leurs ceps viendraient de Cahors, apporté par l’un des grognards de Napoléon qui voulait fonder une famille avec une Ukrainienne.
A moins que ce soit les gens d’Emmanuel Richelieu qui les aient amenés.
A propos de fonder une famille avec une Ukrainienne, ce n’est plus une utopie, c’est une réalité pour certains.
Dans une ville d’Ukraine, appelée VINICIE, quatre cents jeunes filles de toutes beautés, se sont inscrites volontaires, pour épouser les Grecs d’un certain village de pêcheurs, d’où toute la gente féminine a déguerpi vers Athènes, laissant les hommes seuls.
Mais vous savez ce que çà veut dire çà ? On ne peut pas laisser un homme, seul avec un Grec, décemment, çà remonte à leur antiquité ces mœurs homophiles.
Alors les pêcheurs ont contacté une agence matrimoniale d’Ukraine, et vont faire des mariages touristiques et par correspondance, comme on vient de le dire.
D’ailleurs, il y a six jours de çà, tout un avion rempli de Grecs est arrivé, pour aller faire connaissance et tâter ces « fiançées » vues en photo seulement. Des bus charters bourrés de Grecs ont pris la direction de la ville de Vinicie. Le cinquième des Grecs du village de pêcheurs sont, casés maintenant, les autres vont suivre dans d’autres charters. Moi je trouve que c’est génial comme idée, et que les mélanges ne peuvent donner que du bon. Les grandes perdantes, ce sont les ex- femmes des pêcheurs Grecs qui, se retrouvent à faire les ménages, ou les prostituées à Athènes, où la vie est devenue horriblement chère.
Elles vivent à Athènes, d’accord. Mais que voient-elles d’Athènes ? Pas même le panthéon, vue que leur vie nouvelle se résume à dix heures de travail quotidien pour payer le loyer, le bus, le transport, les produits de beauté (vous ne pouvez pas arriver au travail comme un épouvantail quand vous êtes une femme, non ?), la nourriture, les vêtements. Et elles emprunteront même un mois sur quatre pour boucler leur budget. Et la bagatelle dans tout çà ? Et bien, elles n’en ont pas la force, encore moins le temps. Alors, là, ce sont les hommes qui ont gagné. Et les petites Ukrainiennes.
Les Grecs, les voilà débarrassés de leur épouvantail à barbe(j’ai remarqué que plusieurs femmes quinquagénaires avaient le menton et la lèvre velus, en Grèce) contre une playmate hollywoodienne, ou presque.
Ce n’est pas excellent ce procédé d’échange, vous ne trouvez pas ? C’est le troc qui, prévalait il n’y a pas plus de mille ans à peine, et c’était génial. Il n’y avait ni dépréciation de monnaie, ni dévaluation, ni Wall-street.
Vous aviez trop de pommes de terre, pas de problème, on vous prenait l’excédent et on vous donnait du blé, et pour faire bonne mesure, on rajoutait ces deux pots de miel et ces deux poulets, et le compte était tout rond.
Vous n’aviez même pas de monnaie à reprendre.
Là, j’ai trop de jeunes filles, vous, vous avez trop de mecs, on va faire un mélange des billes. Mais, on ne va pas partager, parce que ce sont les Grecs qui emportent tout, les meufs, leurs dots et par la suite leurs gamins peut-être même. Mais çà arrange à merveille les Ukrainiens, comme çà, ils pourront rajouter mille hectares de bonne terre à leurs jachères. Vues que les femmes installées en Grèce, enverront de l’argent à leurs parents, qui seront moins tentés d’aller labourer.
Ces bonnes terres dont on parlait autrefois, du temps de Boulganine et de Kroutchev, mondialement renommée sous l’appellation de « Tchernosium ». Aujourd’hui, on ne parle plus de Tchernosium mais plus de Tchernobyl.
Mais, revenons au voyage de Crimée. Le train, je veux dire la voie ferrée, s’arrête à Simféropol, en Crimée, un peu au centre de la Crimée.
Simféropol est une ville très étendue, très lâche, avec de très vastes et larges avenues qu’on appelle ici les « prospekts ». Les maisons sont blanches et basses, à deux étages, et à trois au maximum.
Là aussi, les commerces sont hébergés par des constructions légères, en bois ou en tôle, qui font légions. Beaucoup vendent de la bière, mais quand votre pense est remplie, on vous dit qu’il n’y a pas de toilette. Ce qui est vrai. Alors, certains endroits en font office et dégagent alors des odeurs effroyables.
Mais la palme reviendra toujours aux toilettes de la gare routière de Yalta. Engorgées de monde et si peu nettoyées, qu’elles sont, qu’on les sent à cent mètres à la ronde.
Et de Simféropol, part toute une armada de Trolleybus (certaines lignes, électrifiées font plus de cent kilomètres de long. On devait desservir l’île et le peuple). C’est çà le communisme, à défaut de rendre toute la population strictement également riche, il faut alors la rendre strictement également pauvre, pour ne pas qu’il y ait de jaloux, voyons.
Nonobstant, exception est faite pour les apparatchiks. Pourquoi croyez-vous qu’ils ont tout fait pour grimper les échelons du parti communistes ? Qu’ils n’ont pas de scrupules à écraser leurs semblables ? C’est pour accéder au luxe, bien sûr ! Caviar, Volga et datcha au menu.
Il part aussi des bus et surtout de mini-bus, ces fameux « marchroutkas » qui n’ont point d’arrêt de bus mais s’arrêtent à la vue d’un client, comme en Afrique, et desservent l’île dans toutes les directions, tous azimuts.
Vendredi 22 octobre.
Maintenant qu’on est à 8 heures du matin à Simféropol, qu’est ce qu’on fait ?
Je reconsulte ma carte et mon guide, et redécouvre que les plus beaux coins sont soit à l’est, soit au sud, à part Yevpatoriya où j’aurais débarqué si j’étais venu par bateau.
Alors, le plus logique est que je commence par Yevpatoriya, qui se trouve à soixante dix kilomètres à l’ouest.
Un mini-bus de luxe me transporte en une heure et quart environ. A travers ma vitre, je vois une campagne merveilleuse, des côteaux ensoleillés avec plein de vigne qui court dessus, se raccrochant à des fils de fer pour que ses sarments ne tombent pas. C’est le système de la vigne tuteurée.
Et de Novofiédorika à Yevpatoriya, une vingtaine de kilomètres, la vue est merveilleuse. On a à l’est un lac, à l’ouest la mer noire.
Voilà, le mini-bus me dépose à la gare routière et je circule à pied, vu que j’ai épuisé mon ticket. J’arrive dans une ville basse, aux maisons basses et blanches rappelant beaucoup les poutours de la Méditerranée.
Vous connaissez Yevpatoriya, ou faut-il vous la décrire ?
C’est un port, mais aussi une ville dotée d’une longue plage de sable fin, avec une longue « promenade des Russes » comme avenue bordant la mer. Les constructions sont un peu de style byzantin, mais il y a un peu de tout.
Il y a une immense mosquée, la mosquée Dzhuma Dzhami, très belle, un monastère des dervishes tourneurs, mais aussi des églises orthodoxes. C’est que la ville a connu de nombreuses invasions, dont celle des Turcs.
En résumé, il faut aller voir, mais peut-être en été, car c’est une station touristique, et certains téméraires sont encore là, à se baigner en fin octobre. Il faut dire que l’eau est tiède et le temps est assez chaud. Il fait 19 degrés, çà va très bien pour moi, c’est même largement suffisant.
Samedi 23 0ctobre.
De Yevpatoriya, je fais un retour à Simféropol. Simféropol est un peu le noeud gordien de la Crimée, comme on l’a dit plus haut. C’est une ville d’apparence nouvelle, je ne vois pas de vieille ville ou alors, elle est bien cachée. Sinon, la ville très étendue, très grande, avec de très vastes et larges « prospekts », comme on appelle ces avenues en russe. Les maisons sont blanches et basses, à deux étages et à trois au maximum. Elles sont éloignées les unes des autres et non concentrées comme dans les vieilles citées, où le prix du terrain devient déterminant de la superficie de la maison.
Là aussi, les commerces sont hébergés par des constructions légères, en bois ou en tôle, parsemées un peu partout. Beaucoup vendent de la bière, mais quand votre vessie est remplie, on vous dit qu’il n’y a pas de toilettes, comme partout ailleurs.
Alors, vous faites comme tout le monde. Et vous allez pisser du côté des poubelles, le coin se prête pour çà.
De Simféropol, toute une armada de Trolleybus part dans toutes les directions, pour desservir les villages proches.
Il y a aussi une profusion de bus et surtout de mini-bus, ces fameux « marchroutkas » qui n’ont point d’arrêt de bus mais s’arrêtent au gré du client.
En Crimée, la majorité de ces mini-bus sont étatiques ou sociétaires. Car au départ du mini-bus, une pointeuse vous vend un ticket, compte le nombre de passagers, pas de surcharge s’il vous plaît, et quand le plein est fait, elle inscrit tout çà sur son calepin et « aboie » au chauffeur qu’il peut dégager.
Ce qu’il fait sans demander son reste, à toute pompe, maintenant le train sur environ quatre à cinq kilomètres. Et après, mon ami(e), il ralentit jusqu’à rouler au pas, et s’arrête dès qu’un piéton lui fait signe. Et alors, vas-y qu’il vous charge tout le monde qu’il peut, remplissant son bus comme un œuf, au rythme du remplissage de son propre porte-monnaie. En une heure, il gagne ce que la compagnie gagne en un jour. Car à un client qui descend, deux ou trois nouveaux montent. Allez, avancez au fond, s’il vous plaît, et comme il n’y a plus de fond, les gens sont collées comme des sardines dans une boîte marocaine (dans les boîtes espagnoles et françaises, vous avez quatre sardines qui se courent après, dans un immense bain d’huile). Çà nous fait trente cinq à quarante passagers, facilement, au lieu des dix huit chargés au départ, tous assis. A l’arrêt du bus, les piétons, humbles, demandent toujours au chauffeur s’il est possible de monter dans ce mini-bus bondé. Et la réponse du chauffeur est immuable: « MOJNA », c’est possible. Ravigoré par cette réponse, le dit piéton fonce dans la foule, se fraie un passage et devient alors passager.
Les Ukrainiens doivent bénir les dieux Daimler-Benz qui ont fabriqué ce tank sous forme de mini-bus Mercedès.
Il a un moteur diesel blindé, increvable, une suspension d’un 4 X 4, des ressorts en acier incassable, des amortisseurs de char d’assaut et une carrosserie des plus solides. Même les routes d’Ukraine n’en viennent pas à bout. C’est dire, si tous les transporteurs ont adopté ce modèle.
Cela me rappelle qu’un jour au Kenya, je lisais un journal sur une terrasse de Mombasa et tombais sur les faits divers. L’un d’entre eux rapportait un accident entre « two cars » (c’est bien deux voitures, vous êtes d’accord ?) et l’article annonçait qu’il y avait eu quatre vingt quatre morts !
Alors, j’ai accablé le journal du peu de sérieux qu’il avait à l’égard de ses lecteurs.
Quoi, personne ne contrôle les bêtises des journalistes, avant l’impression du journal? Les fautes d’orthographe, on s’en fout, d’ailleurs très peu de gens écrivent correctement aujourd’hui. Mais je parle d’erreur de frappe de chiffres ! Voilà ici une erreur flagrante, il s’agit de quatre morts, et tout au plus de huit morts dans deux voitures, quoique huit, çà soit un peu trop à mon avis.
Comme je pensais tout haut et que le garçon qui n’avait rien à faire était penché sur mon épaule, je le prends à témoin.
Vous vous imaginez, quatre vingt quatre morts, c’est le bilan d’une guerre çà !
Non, Sir, un accident entre deux « matatous » pourrait même donner cent morts.
Mais, ce n’est quand même pas un avion votre « matatou » ?
Non Sir, c’est un mini-bus, transportant de trente à cinquante personnes.
A ce taux de remplissage, les matatous n’avaient même pas atteint leur charge limite, puisqu’elles caracolaient avec quarante deux passagers chacune.
Par la suite, je les ai vu ces matatous (vous mettriez un « s » ou un « x » à la fin, vous ?). Ce sont des mini-bus Toyota HiAce, avec une quinzaine de sièges. A la station de bus, la porte à glissière du Toyota est grande ouverte. Les premiers voyageurs arrivés s’asseyent sur les sièges libres. Quand tous les sièges sont occupés, le client d’après se choisit un siège et un type ou une bonne femme et s’assoit carrément sur les genoux de la dite personne. Et ainsi de suite. Par la suite, vous avez deux à trois couches de personnes sur le même siège, le plus gros (ou grosse) se mettant tout en bas, au « rez-de-chaussée » du monticule humain.
Un jour, j’ai vu et, compté, descendre d’un de ces Toyota quarante neuf personnes.
Ces Toyota doivent avoir des ressorts faits dans un métal inventé pour l’Afrique. Alors, si vous télescopez deux de « ma Toyota » à cent kilomètres /heure, seulement, çà nous fait nos quatre vingt quatre morts et en plus, quatorze agonisants.
Ma conclusion est que le journal a alors été vérifié avant sa parution, et je retire mon objection.
D’ailleurs, dans un autobus (de taille normale) de Nairobi, il était écrit le nombre de passagers, dont voilà le bilan : debout : cent huit personnes, assis : vingt huit personnes. Soit, un peu plus du double de cinquante deux personnes admises dans les cars d’Europe.
En Ukraine, ces mini-bus transportent un peu moins de monde et les conducteurs sont beaucoup plus prudents. Sur aucun d’entre eux, vous ne verrez cette inscription que j’ai vue sur un camion, pour transport de personnes au Sénégal : « S’en fout, la mort ».
Ils ne sont pas fous en Ukraine. Sauf qu’en lieu de l’équipement de secours, ils mettent souvent à la place, des icônes orthodoxes. Çà ne remplace pas beaucoup les pansements, mais Lazare pourrait dire deux mots et arrêter les hémorragies, en pensée, si vous avez la foi. Sinon, vous constatez vite, impuissant que le kit de secours a été enlevé, et vous déchirez votre chemise pour faire un pansement.
Pour aller plein sud, vers les plages du sud, de Simféropol à Sevastopol (c’est le même Sébastopol que vous connaissez, celui de Napoléon, mais comme le « B » se prononce « V » en russe, alors, autant l’écrire comme l’original), on peut prendre un mini-bus « de luxe » où il n’y a que des places assises, pas de surcharges et l’assurance de faire les quatre vingt dix kilomètres assis.
Des bus identiques peuvent vous déposer à Yalta, distante aussi de quatre vingt dix kilomètres, mais située au sud-est.
C’est aussi sur la côte, et est une des plages les plus prisées. Elle n’a rien à envier à Nice.
Allez, va pour Sevastopol. C’est un port à quatre vingt dix kilomètres de là, occupant la pointe sud de la Crimée.